Nadia relit le mail qu'elle vient d'écrire à un collègue de Manchester. Une phrase la retient : « I said him that the file was ready. » Elle la trouve bizarre sans savoir pourquoi. Elle essaie « I told him », ça sonne mieux. Puis elle doute, remet « said », referme le brouillon et va se faire un thé.
Ce doute-là est un des plus tenaces de l'apprentissage de l'anglais, et il n'a rien à voir avec le vocabulaire. Nadia connaît les quatre verbes, elle les comprend quand elle les entend, elle les lit sans buter. Ce qu'elle n'a pas, c'est le réflexe qui décide en une demi-seconde lequel prend un complément de personne et lequel n'en prend pas.
Bonne nouvelle : ce réflexe s'obtient par une seule question, posée dans le bon ordre.
Mauvaise nouvelle : il reste une vingtaine d'expressions figées qui ne se déduisent de rien et qui s'apprennent comme du vocabulaire. Elles sont peu nombreuses et très fréquentes, donc rentables.
L'essentiel
- Tell exige presque toujours un complément de personne juste après le verbe (tell someone something) ; say ne le prend jamais directement et impose la préposition to (say something to someone).
- Speak et talk sont proches et souvent interchangeables ; speak penche vers le formel, l'unilatéral et les langues (she speaks Arabic), talk vers l'échange et le registre courant (we talked for hours).
- Les expressions figées ne se déduisent pas de la règle : tell the truth, tell a story, tell the time, say hello, say a prayer, talk nonsense, speak your mind.
La question qui départage say et tell
Avant de penser au sens, regardez ce qui suit immédiatement le verbe. Si c'est une personne, c'est tell. Si c'est le message, ou une citation, c'est say. La règle tient en cette bascule, et elle est fiable dans l'immense majorité des cas.
Tell se construit avec deux compléments dans cet ordre : la personne, puis le message. She told me the news. He told us he was leaving. Tell your sister to call me back. Retirez la personne et la phrase devient boiteuse pour une oreille anglophone : « she told the news » attend un destinataire.
Say fonctionne à l'inverse. Le message vient d'abord, et la personne, si on la mentionne, arrive derrière avec to. She said the news was good. He said nothing to his boss. I said goodbye to them at the station. C'est exactement l'erreur de Nadia : « I said him » place la personne là où say ne l'accepte pas.
Deux réflexes de vérification, utiles à l'écrit. Après tell, essayez d'insérer un pronom : si la phrase gagne, tell est le bon choix. Après say, essayez de supprimer la personne : si la phrase se tient toute seule, say est chez lui.
Speak et talk, la même zone avec deux inclinaisons
Contrairement à say et tell, speak et talk sont souvent interchangeables. Personne ne vous corrigera si vous dites I need to speak to you plutôt que I need to talk to you. La différence est une question d'inclinaison, pas de correction.
Speak tire vers le formel, le solennel, l'unilatéral. On l'emploie quand une seule personne produit du discours devant d'autres : she spoke at the conference. On l'emploie aussi pour la capacité linguistique, et là il n'y a pas d'alternative : he speaks three languages. Jamais « he talks three languages ».
Talk tire vers l'échange et la conversation. Deux personnes ou plus qui alternent, c'est talk : we talked about it over lunch. Le registre est plus détendu, plus quotidien, et c'est le verbe par défaut de l'anglais parlé. Stop talking, let's talk later, they never talk to each other.
Les prépositions se partagent : speak to, speak with, talk to, talk about. Speak with est plus courant en anglais américain, speak to en anglais britannique, sans que l'un choque dans l'autre variété. Notez que talk about accepte un sujet, tandis que speak about existe mais sonne plus formel : she spoke about her research for an hour.
Un cas mérite l'attention parce qu'il apparaît partout au téléphone et en réunion : Could I speak to Ms Reed, please? Ici speak est presque obligatoire, talk passerait pour familier.
Les expressions figées, qui ne se déduisent d'aucune règle
Une partie de ces quatre verbes échappe à toute logique et s'apprend par blocs. Ce sont les tournures les plus fréquentes de la langue, ce qui rend l'effort rentable : les mémoriser une fois vous évite des centaines d'hésitations.
- tell the truth, tell a lie
- Le verbe reste tell même sans complément de personne exprimé. He never tells the truth. Idem pour tell a lie, mais attention : on dit say something false, pas « say a lie ».
- tell a story, tell a joke
- Raconter, c'est tell. Grandma told us a story about the war. He told a joke nobody understood.
- tell the time, tell the difference
- Ici tell veut dire distinguer ou déchiffrer. My son can already tell the time. I can't tell the difference between the two recordings.
- say hello, say goodbye, say sorry, say thank you
- Toutes les formules de politesse prennent say. Say hello to your parents for me. He left without saying goodbye.
- say a few words, say a prayer
- Un discours bref ou une formule rituelle relèvent de say. Would you like to say a few words?
- talk nonsense, talk business, talk shop
- Talk s'accroche à certains substantifs sans article. You're talking nonsense. Let's talk business.
- speak your mind, speak up, generally speaking
- Dire franchement ce qu'on pense, c'est speak your mind. She's not afraid to speak her mind. Speak up signifie parler plus fort, ou prendre la parole pour défendre quelque chose.
Le discours indirect, là où le choix devient visible
C'est en rapportant les propos d'autrui que ces verbes se croisent le plus, et que l'erreur se remarque le plus. Le mécanisme reste celui de la première section, appliqué à une proposition entière.
Avec say, la subordonnée suit directement : She said (that) the meeting had been cancelled. Le that est facultatif à l'oral comme à l'écrit courant. Avec tell, la personne s'intercale : She told me (that) the meeting had been cancelled. Cette place occupée par me est la marque distinctive de tell.
Pour rapporter un ordre ou une consigne, l'anglais préfère largement tell suivi d'un infinitif : The doctor told him to rest. Say ne fonctionne pas dans cette construction. Ce point revient constamment dans les comptes rendus de réunion et les mails de suivi.
Notez au passage que ni speak ni talk n'introduisent de discours rapporté. On ne dit pas « he talked me that... ». Ces deux verbes décrivent l'acte de parler, pas son contenu, ce qui explique qu'ils s'accompagnent d'un sujet de conversation (about) plutôt que d'une proposition.
Si le jeu des temps dans ces phrases rapportées vous échappe encore, le past perfect en est la pièce centrale : c'est lui qui recule l'événement d'un cran quand le verbe introducteur est au passé.
Les cinq erreurs qui reviennent le plus
Aucune de ces phrases n'empêche la compréhension. Toutes signalent immédiatement un locuteur non natif, et elles coûtent des points dans un examen écrit.
Ce qu'on écrit, ce qui se dit
Les cinq mêmes glissements, corrigés une fois pour toutes.
He said me he was late.
He told me he was late.
Say n'accepte pas la personne juste après lui. Dès qu'un pronom suit, passez à tell.
She told that she agreed.
She said that she agreed.
Tell réclame un destinataire. Sans lui, c'est say qui prend le relais.
Can you say me the time?
Can you tell me the time?
Double motif : tell the time est figé, et la présence de me impose tell.
I talk Spanish and Italian.
I speak Spanish and Italian.
La compétence linguistique se dit toujours avec speak, sans exception.
They were speaking about the budget all morning.
They were talking about the budget all morning.
Un échange entre plusieurs personnes appelle talk. Speak resterait compris, mais sonnerait solennel pour une discussion de travail.
Ce que ces quatre verbes révèlent du reste de la langue
Say, tell, speak et talk appartiennent à une famille plus large : celle des verbes anglais dont le sens se lit dans la construction plutôt que dans le mot. Explain, suggest et describe se comportent comme say et refusent le complément de personne direct : on écrit he explained the problem to me, jamais « he explained me the problem ». Show et give suivent tell : show me the file, give her the keys.
C'est une logique différente de celle du français, où « dire », « expliquer » et « montrer » acceptent tous le même « me » sans discussion. L'anglais, lui, distribue ses verbes en deux camps selon qu'ils tolèrent ou non un objet indirect sans préposition. Repérer ce partage vous rend autonome sur des dizaines de verbes que vous n'avez pas encore rencontrés.
Ce type de régularité se retrouve ailleurs, notamment dans les constructions qui suivent un verbe : le choix entre gérondif et infinitif obéit lui aussi à des familles plutôt qu'à des cas isolés.
Reste un conseil de méthode. Ces quatre verbes ne s'installent pas par la relecture d'un tableau, mais par la répétition orale de phrases entières, jusqu'à ce que « I said him » devienne physiquement désagréable à prononcer. Trois ou quatre phrases par verbe, répétées à voix haute pendant une semaine, font plus qu'une liste apprise en une soirée.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre say et tell ?
Elle est grammaticale avant d'être sémantique. Tell prend un complément de personne juste après le verbe : she told me the answer. Say ne l'accepte pas et exige la préposition to si l'on mentionne le destinataire : she said the answer, ou she said it to me. Dès qu'un pronom comme me, him ou us suit immédiatement le verbe, c'est tell qu'il faut employer.
Faut-il dire speak English ou talk English ?
Speak English, sans hésitation. Toute mention d'une compétence linguistique passe par speak : he speaks fluent Japanese, do you speak German? La forme « talk English » n'est pas utilisée en anglais standard. Talk sert à décrire une conversation, pas une capacité, comme dans we talked in English all evening.
Peut-on utiliser speak et talk indifféremment ?
Dans beaucoup de contextes, oui : I need to speak to you et I need to talk to you sont tous deux corrects. Speak est un peu plus formel et convient quand une personne s'adresse à un auditoire, ou au téléphone quand on demande quelqu'un. Talk domine dans la conversation courante et suppose un échange réciproque. Deux emplois ne se remplacent pas : speak pour les langues, talk about pour introduire un sujet de discussion.
Pourquoi dit-on tell the time et non say the time ?
Parce qu'il s'agit d'une expression figée, où tell a le sens de déchiffrer ou distinguer plutôt que de communiquer. On retrouve ce sens dans tell the difference et I can't tell if he's serious. Ces tournures s'apprennent comme des blocs de vocabulaire, sans chercher à les rattacher à la règle générale.
Comment rapporter un ordre en anglais ?
On emploie tell suivi d'une personne et d'un infinitif : the manager told us to wait outside. Say ne fonctionne pas dans cette construction. Pour un ordre négatif, on insère not devant l'infinitif : she told him not to worry. Ask suit exactement le même schéma, avec une nuance de demande plutôt que d'injonction : he asked me to sign the form.
Pour aller plus loin
- La grammaire anglaise, niveau par niveauToutes les fiches du mag' rangées par palier du CECRL, de A1 à C1. Pratique pour voir ce qui précède et ce qui suit ce point.
- Used to, would, be used toTrois formes proches, trois sens distincts. Un autre cas où le français regroupe ce que l'anglais sépare.
- Le passif anglaisPourquoi l'anglais y recourt plus volontiers que le français, et comment le construire sans alourdir la phrase.
- Le test de niveauUn repère pour savoir où vous en êtes sur l'échelle des dix niveaux, et ce qui vous sépare du palier suivant.
Dans le dossier Ressources
- ConjugaisonLes verbes irréguliers anglais, classés par sonoritéRangés par ordre alphabétique, ils sont deux cents cas particuliers. Rangés par la façon dont ils sonnent, ils forment une petite dizaine de familles, et la plupart s'apprennent par groupes entiers.
- GrammaireLa grammaire anglaise, niveau par niveauOn révise rarement la grammaire dans l'ordre. On révise le point qui a fait trébucher hier, puis un autre, sans savoir s'il fallait le savoir déjà. Cette page range les règles par palier, pour que vous sachiez ce qui vous attend et ce qui peut patienter.
- ConjugaisonLe présent simple et le présent en -ing, et lequel choisirL'anglais a deux présents là où le français en a un. Ce n'est pas une subtilité de style : choisir l'un ou l'autre change ce que la phrase raconte. Voici la frontière, et les cas où elle se déplace.
