Le passif anglais, et pourquoi il est plus fréquent qu'en français

Be + participe passé : la formule tient en trois mots et se retient en une minute. Ce qui prend plus longtemps, c'est de comprendre pourquoi l'anglais y recourt là où le français préfère « on », et pourquoi traduire chaque passif par un actif appauvrit la phrase.

Berlitz FranceGrammaire7 minutes de lecture

Bureau éclairé par une lampe le soir, cahier ouvert, tasse posée à côté, pluie sur la vitre sombre derrière.
Les structures comme le passif se révisent souvent tard, la veille d'un rendu ou d'une réunion. C'est le pire moment pour douter d'un participe passé.

Camille relit le compte rendu qu'elle doit envoyer à ses collègues de Manchester avant dix-huit heures. Sa première phrase dit : « We decided to postpone the launch. » Elle hésite, la barre du curseur clignote, elle finit par écrire : « The launch has been postponed. » Puis elle se demande si elle vient d'améliorer sa phrase ou de la rendre lâche.

Les deux versions sont grammaticalement irréprochables. Elles ne disent pas la même chose. La première désigne un groupe de décideurs, la seconde parle d'un report sans dire qui l'a voulu, et selon la réunion qui va suivre, ce détail-là compte beaucoup.

Le passif anglais n'est pas une variante décorative de l'actif. C'est un outil qui déplace le projecteur : il met en avant ce qui subit l'action et laisse dans l'ombre, ou en fin de phrase, celui qui l'accomplit. Reste à savoir quand ce déplacement sert, et quand il masque une responsabilité que tout le monde attend de lire.

L'essentiel

  • Le passif anglais se forme avec l'auxiliaire be conjugué au temps voulu, suivi du participe passé du verbe : The report was written last week. L'agent, quand on le mentionne, arrive après by.
  • L'anglais recourt au passif plus souvent que le français parce qu'il ne dispose pas d'un pronom aussi souple que « on » : là où le français dit « on m'a dit que », l'anglais dit couramment I was told that.
  • Les verbes à deux compléments comme give, tell, offer ou send admettent deux passifs, et l'anglais préfère nettement celui qui met la personne en sujet : She was given a second chance plutôt que A second chance was given to her.

La formation, et le seul endroit où l'on se trompe vraiment

La règle mécanique est courte. On prend l'auxiliaire be, on le conjugue au temps de la phrase active, et on le fait suivre du participe passé. The company hires new staff every spring devient New staff is hired every spring. Le complément d'objet de l'actif devient sujet du passif, et le verbe s'accorde avec ce nouveau sujet.

Le temps ne change pas en passant à la voix passive : seul be le porte. They built the bridge in 1890 donne The bridge was built in 1890. They are building a new terminal donne A new terminal is being built. They have repaired the lift donne The lift has been repaired. C'est ce cumul, has been, is being, will be, qui trouble au début, alors qu'il obéit à une seule logique : be prend le temps, le participe passé ne bouge plus.

L'erreur la plus fréquente n'est pas dans le choix du temps, elle est dans le participe. Un participe passé irrégulier mal mémorisé produit une phrase qui sonne faux immédiatement à l'oreille d'un anglophone : written et non wrote, taken et non took, chosen et non chose. Il n'y a pas de raccourci ici, c'est de la mémoire, et le passif est précisément l'endroit qui la met à l'épreuve.

Deux temps ne se passivent quasiment jamais dans l'usage courant : le present perfect continuous et le past perfect continuous. On ne dit pas The house has been being painted, on reformule. Cette lourdeur n'est pas interdite par une règle, elle est simplement évitée par tout le monde, ce qui revient au même.

Pourquoi l'anglais y recourt là où le français tourne autrement

Le français dispose d'un pronom remarquablement commode : « on ». Il désigne tout le monde, personne, l'administration, les gens, moi quand je ne veux pas me nommer. L'anglais n'a pas d'équivalent aussi élastique. One existe mais appartient à un registre formel et un peu daté, they impersonnel reste familier, people alourdit. Restent le passif et quelques tournures avec you.

D'où cette correspondance qui explique une grande part de l'écart de fréquence : « On m'a dit que la réunion était annulée » se dit I was told the meeting was cancelled. « On lui a demandé de partir » devient He was asked to leave. Un francophone qui traduit mot à mot cherche un sujet, ne le trouve pas, et fabrique du someone told me qui n'est pas faux mais qui n'est pas ce qu'un anglophone aurait écrit.

L'écrit informatif accentue le phénomène. Les procédures, les notices, les rapports d'incident et une partie de la littérature scientifique décrivent des actions dont l'auteur est soit évident, soit sans intérêt. The samples were kept at room temperature for two hours n'a pas besoin de préciser par qui : le protocole importe, l'assistant de laboratoire non.

Il existe un contre-mouvement, et il est utile de le connaître. Les guides de rédaction claire en anglais, très influents dans l'administration américaine et britannique, poussent depuis longtemps vers l'actif au motif qu'il désigne un responsable. Un même passif peut donc être jugé élégant dans un article de recherche et fuyant dans une note interne.

Quand le passif est le bon choix, et non un repli

Choisir la voix, c'est choisir ce qui occupe la position de sujet, donc ce dont la phrase parle. Quatre situations rendent le passif préférable, et dans ces cas-là le remplacer par un actif dégrade la phrase au lieu de l'assainir.

L'agent est inconnu
Personne ne sait qui a agi, et la phrase n'a pas à faire semblant. My bike was stolen outside the station.
L'agent est évident ou sans importance
Le préciser ferait perdre du temps au lecteur. The results will be announced on Friday. Que ce soit le jury ou son secrétariat ne change rien.
L'action ou le résultat est le vrai sujet
On parle de la chose, pas de son auteur. Aspirin was first sold as a powder. Le laboratoire viendra plus tard, s'il vient.
On veut lier la phrase à la précédente
L'anglais aime commencer par l'information déjà connue. This building dates from 1780. It was restored twice in the last century. L'actif obligerait à introduire un sujet neuf en tête de phrase.
On veut placer l'agent en fin de phrase, en position forte
Avec by, l'agent devient la chute. The proposal was rejected by the board itself.

Passif fuyant, passif justifié

Le même outil peut clarifier ou brouiller. Ces quatre paires portent sur le même contenu, avec un effet différent.

  • Mistakes were made in the handling of your order.

    We made two mistakes with your order.

    Dans une excuse, l'effacement de l'agent se remarque et se retourne contre vous. L'actif nomme celui qui répond.

  • It was decided that the office would close early.

    Management decided to close the office early.

    Une décision a un auteur, et le lecteur d'une note interne le cherche. Le passif ici retarde l'information utile.

  • Someone repaired the roof last summer.

    The roof was repaired last summer.

    Quand l'agent est inconnu et sans intérêt, someone occupe la place du sujet pour rien. Le passif laisse le toit en tête, là où il doit être.

  • People speak English all over the world.

    English is spoken all over the world.

    La phrase parle de la langue, pas des gens. Le passif met le vrai thème en sujet et se passe d'un people vague.

Les verbes à deux compléments, et le passif que l'anglais préfère

Certains verbes acceptent deux compléments : give, tell, send, offer, show, teach, promise, pay, lend. They gave her a second chance comporte un complément de personne, her, et un complément d'objet, a second chance. Les deux peuvent devenir sujet du passif, ce qui produit deux phrases correctes.

L'usage n'hésite pourtant guère. She was given a second chance est la forme courante ; A second chance was given to her existe, se comprend, et sonne appuyée, presque solennelle. La tendance de l'anglais est de mettre la personne en position de sujet quand elle est disponible. On dira donc I was offered the job, He was sent home, We were shown the plans.

C'est aussi ce qui explique une série de tournures très fréquentes que les francophones construisent mal : I was told, she was asked, they were paid, he was promised a promotion. Chacune correspond à un « on » français, et chacune place la personne concernée en tête.

Attention à explain, say et describe, qui n'entrent pas dans ce groupe malgré une apparence de proximité. On ne dit pas He was explained the rules. On dit The rules were explained to him. Cette petite frontière produit une des erreurs les plus tenaces à l'écrit, et elle se répare en apprenant la préposition en même temps que le verbe. Le classement par palier de la grammaire anglaise, niveau par niveau indique à quel moment ces verbes se travaillent utilement.

Get, have et les passifs qui n'utilisent pas be

À l'oral, get remplace fréquemment be dans un passif, avec une nuance : il suggère un événement, souvent soudain, souvent subi. My phone got stolen on the bus. She got promoted last month. He got hit by a cyclist. Le registre est familier, parfaitement admis en conversation, plus rare dans un rapport écrit.

Get sert aussi à des états qui ne sont pas vraiment des passifs mais s'y apparentent : get married, get dressed, get lost, get used to. Ces expressions se retiennent comme des blocs, et se conjuguent normalement.

Le passif causatif, lui, dit qu'on fait faire quelque chose par un autre. Have something done : I had my hair cut. We're having the kitchen repainted. Get something done fonctionne pareil, en plus familier : I need to get my car serviced. La construction est fréquente et souvent mal comprise, parce qu'un francophone y lit un actif alors que le sujet ne fait rien lui-même.

Un dernier détail qui trahit vite. Certains verbes n'ont pas de passif, parce qu'ils n'ont pas de complément d'objet : happen, arrive, occur, appear, seem, die. On n'écrit jamais The accident was happened. Ni be nor get n'y changent quoi que ce soit, et repérer cette famille évite des phrases qu'aucune relecture ne rattrape.

S'entendre le dire, et pas seulement le reconnaître

Le passif fait partie des points que l'on comprend bien avant de les produire. On le repère sans effort dans un article, on le traduit correctement, et à l'oral on continue de tourner ses phrases à l'actif avec un sujet vague, parce que fabriquer un passif en temps réel demande de décider du sujet avant d'avoir fini sa pensée.

L'exercice qui fait basculer est ridiculement simple : prendre trois phrases de son travail où figure « on », et les dire à voix haute en anglais. On m'a demandé de présenter le budget. On nous a prévenus hier. On a annulé la visite. I was asked, we were warned, the visit was cancelled. Répété quelques jours, ce réflexe s'installe et cesse de coûter.

Le passif change aussi de fonction quand il rencontre le discours rapporté, où il sert à introduire une information sans en désigner la source : It is said that, he is believed to have left, the company is reported to be hiring. Ce sont des formules de presse, très codées, et elles s'apprennent en même temps que la concordance des temps plutôt qu'isolément.

Reste une question de goût qu'aucune règle ne tranchera pour vous. Trop de passifs et le texte flotte, aucun passif et il devient une suite d'agents qui font des choses, ce qui fatigue autrement. Le meilleur juge est la lecture à haute voix : ce qui accroche l'oreille accroche aussi le lecteur, et l'inverse est presque toujours vrai. Parler l'anglais en cours sert d'abord à cela, entendre ses propres phrases assez souvent pour les corriger sans y penser.

Questions fréquentes

Comment se forme la voix passive en anglais ?

On conjugue l'auxiliaire be au temps voulu et on le fait suivre du participe passé du verbe : The letters are sorted every morning, The letters were sorted yesterday, The letters have been sorted. Le complément d'objet de la phrase active devient le sujet du passif. Si l'on veut mentionner celui qui agit, on l'introduit par by en fin de phrase. Seul be porte le temps ; le participe passé reste invariable.

Pourquoi le passif est-il plus fréquent en anglais qu'en français ?

Le français dispose du pronom « on », qui permet d'éviter le passif dans une grande partie des cas. L'anglais n'a pas d'équivalent aussi souple : one est formel, they impersonnel est familier, people est vague. Le passif prend donc le relais, notamment dans les tournures du type I was told, he was asked, the meeting was cancelled. L'écrit informatif, procédures et rapports, y recourt encore davantage puisque l'auteur de l'action y est souvent sans intérêt.

Faut-il toujours préférer l'actif au passif ?

Non, même si beaucoup de guides de rédaction en anglais poussent dans ce sens. Le passif est le meilleur choix quand l'agent est inconnu, évident ou secondaire, quand le résultat est le vrai sujet de la phrase, ou quand il permet de relier proprement une phrase à la précédente. Il devient gênant dans un contexte où le lecteur attend un responsable, typiquement une excuse ou une décision interne. Mistakes were made passe mal là où We made a mistake fait le travail.

Quelle est la différence entre be et get au passif ?

Get remplace be dans un passif à l'oral et suggère un événement subi ou soudain : My bag got stolen, She got promoted. La construction est courante en conversation, plus rare à l'écrit formel, où be reste la norme. Get sert aussi dans des expressions figées comme get married ou get lost. Enfin, have ou get something done exprime le fait de faire faire quelque chose par quelqu'un d'autre : I had my laptop repaired.

Pourquoi ne peut-on pas dire He was explained the rules ?

Parce que explain n'admet pas de complément de personne sans préposition. On dit The rules were explained to him, ou He had the rules explained to him. Les verbes qui autorisent le passif avec la personne en sujet sont ceux à deux compléments directs, comme give, tell, offer, send ou show : She was given a second chance, I was told the news. Explain, say, describe et suggest en font exception et demandent to.

Pour aller plus loin

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