Léna prépare un entretien en anglais dans son salon, un jeudi soir, avec un carnet ouvert sur la table basse. On lui demandera sûrement de parler de son parcours. Elle écrit une phrase, la relit, la rature : « I am used to work in a small team. » Elle sent que quelque chose cloche sans savoir quoi.
Le problème n'est pas le vocabulaire, ni le temps verbal. Il tient à trois lettres et à un mot de deux. Selon qu'elle écrive to work ou to working, la phrase dira soit qu'elle travaillait autrefois dans une petite équipe et que ce n'est plus le cas, soit qu'elle y est habituée et que cela lui convient. Deux messages franchement différents, et un seul est vrai.
C'est la confusion la plus tenace de ce coin de la grammaire anglaise, parce que les trois formes partagent le même mot central. Elles répondent pourtant à trois questions séparées : ce qui n'existe plus, ce qui se répétait, ce à quoi on s'est fait.
L'essentiel
- Used to + infinitif décrit une habitude ou un état passé qui a cessé : I used to smoke. Would + infinitif décrit une action passée répétée, mais jamais un état : on dit I used to have a car, pas I would have a car.
- Be used to + nom ou verbe en -ing décrit une accoutumance, le plus souvent au présent : I'm used to working late. La forme en -ing est obligatoire, et c'est là que se produit l'erreur la plus fréquente.
- À la forme négative et interrogative, used to prend l'auxiliaire did et perd son -d : I didn't use to like coffee, Did you use to live here ?
Used to + infinitif : ce qui était vrai et ne l'est plus
Cette forme sert à dire qu'une chose était le cas pendant une période du passé, et qu'elle a pris fin. Le contraste avec le présent est intégré au sens : quand on l'emploie, on n'a pas besoin d'ajouter but not anymore, l'auditeur l'a déjà entendu. « I used to live in Lisbon » veut dire que vous n'y habitez plus. C'est de l'information sur le passé et sur le présent en même temps.
Elle accepte deux choses que les autres formes n'acceptent pas toujours : les habitudes répétées et les états durables. « We used to meet every Friday » décrit une habitude. « She used to be terrified of dogs » décrit un état. Les deux sont parfaitement corrects avec used to, et c'est ce qui en fait la forme la plus sûre quand on hésite.
Le verbe qui suit est toujours à l'infinitif sans to supplémentaire, puisque le to appartient déjà à l'expression : used to work, used to have, used to be. Aucune conjugaison, aucune variation selon la personne. He used to, they used to, I used to, la forme ne bouge pas.
Attention à un point qui piège même les bons élèves : used to n'existe qu'au passé. Il n'a pas d'équivalent présent. Pour une habitude actuelle, on emploie le présent simple avec un adverbe de fréquence, « I usually cycle to work », et non une version présente de used to, qui n'existe pas.
La négation et la question, là où le -d disparaît
Used to se comporte comme un verbe ordinaire au passé : pour le nier ou l'interroger, on fait appel à l'auxiliaire did. Et comme did porte déjà la marque du passé, used perd son -d. On écrit donc « I didn't use to like olives » et « Did you use to play an instrument ? ». Le glissement vers didn't used to s'entend beaucoup à l'oral, parce que la prononciation est identique, mais à l'écrit il est considéré comme une faute dans un contexte d'examen.
Il existe une forme sans auxiliaire, plus littéraire, où la négation se place directement : « I used not to worry about it. » Elle est correcte et rare. Si vous préparez un écrit noté, la version avec didn't est la valeur sûre ; personne ne vous reprochera de l'avoir choisie.
Les questions ouvertes suivent la même logique. « Where did you use to live ? » « What did she use to do before ? » L'auxiliaire prend le passé, le verbe principal reste nu. C'est exactement le mécanisme du prétérit simple, appliqué à une expression qui n'en a pas l'air.
Un dernier détail utile à l'oral : dans une réponse courte, on ne reprend pas used to, on reprend l'auxiliaire. « Did you use to smoke ? » « Yes, I did. »
Would + infinitif : rejouer une scène, pas décrire un état
Would raconte lui aussi des habitudes passées, mais avec une couleur différente. Il évoque, il met en scène, il apparaît volontiers dans un récit de souvenir. « Every summer, my grandfather would take us to the lake. He would wake us at five and pretend it was already late. » On sent le récit qui se déroule, alors que used to ferait plutôt un constat.
La restriction est nette et il faut la retenir telle quelle : would ne s'emploie pas pour un état. Les verbes qui décrivent une situation stable, be, have au sens de posséder, know, like, live, believe, ne fonctionnent pas avec would dans ce sens. « I would have long hair » ne veut pas dire que vous aviez les cheveux longs ; la phrase juste est « I used to have long hair ». En revanche « I would spend hours brushing it » passe très bien.
Autre point : would a besoin d'un cadre temporel pour être compris. Employé seul en début de conversation, il risque d'être lu comme un conditionnel. On l'ancre donc avec une indication de temps ou de contexte, when I was a student, back then, in those days, at university. Une fois le cadre posé, on peut enchaîner plusieurs would sans le répéter.
Beaucoup de locuteurs ouvrent d'ailleurs le souvenir avec used to, puis passent à would pour la suite du récit. C'est un enchaînement très naturel, et un excellent réflexe à imiter à l'oral.
- Habitude passée répétée
- Les deux marchent. « We used to argue about politics » et « We would argue about politics » disent la même chose, la seconde avec un ton plus narratif.
- État ou situation passée
- Used to seulement. « There used to be a bakery on this corner » est correct ; la version avec would ne l'est pas.
- Un fait unique dans le passé
- Ni l'un ni l'autre. Pour un événement isolé, on emploie le prétérit simple : « I moved to Berlin in 2018. »
- Habitude actuelle
- Aucune des deux. On passe au présent simple : « He walks to school every day. »
- Accoutumance, familiarité
- Be used to, avec -ing. « She's used to speaking in public » ne dit rien du passé, seulement de son aisance aujourd'hui.
Be used to + -ing : l'accoutumance, et l'erreur qui la trahit
Ici, used n'est plus un verbe mais un adjectif, et to est une préposition. Cela change tout, parce qu'en anglais une préposition est suivie d'un nom ou d'un verbe en -ing, jamais d'un infinitif. D'où « I'm used to the noise » et « I'm used to getting up early ». La phrase de Léna, « I am used to work », est justement la faute que produit ce raisonnement mal aiguillé.
Le sens n'a rien à voir avec le passé révolu. Be used to dit que quelque chose ne vous surprend plus, ne vous coûte plus, fait partie de votre normal. « He's used to the cold, he grew up in Finland. » Le verbe be se conjugue librement : I am used to, she was used to, they'll be used to, we've never been used to. C'est là que la différence saute aux yeux, puisque used to seul, lui, est figé.
La variante get used to décrit le processus plutôt que l'état atteint. On s'y habitue, on n'y est pas encore. « It took me two months to get used to the keyboard. » « You'll get used to it » est probablement la phrase de réconfort la plus employée de la langue anglaise, et elle contient toute la nuance : ce n'est pas encore fait, cela viendra.
Pour vérifier une phrase en trois secondes, posez-vous une seule question : est-ce que je peux remplacer par accustomed to ? Si oui, c'est be used to et il faut du -ing. Si non, c'est used to + infinitif. « I'm accustomed to working late » fonctionne ; « I accustomed to smoke » ne veut rien dire.
Les phrases qu'on entend, et celles qu'on préfère écrire
Les erreurs sur ce point ne viennent presque jamais d'une méconnaissance de la règle. Elles viennent de la vitesse : à l'oral, use to et used to se prononcent pareil, et la main écrit ce que l'oreille a entendu. Relire une fois, en cherchant uniquement ces trois formes, suffit à en éliminer la plupart.
Cinq corrections qui reviennent tout le temps
À gauche, ce qu'on écrit spontanément. À droite, ce que dirait un correcteur, et pourquoi.
I am used to live in the countryside.
I used to live in the countryside.
Sans be, la forme parle d'un passé terminé et prend l'infinitif. Avec be, il faudrait living, et le sens deviendrait « j'y suis habitué ».
She didn't used to travel alone.
She didn't use to travel alone.
L'auxiliaire did porte déjà le passé. Le -d de used tombe, même si l'oreille n'entend aucune différence.
When I was a child, I would be afraid of the dark.
When I was a child, I used to be afraid of the dark.
Would refuse les états. Avec be, know, have ou like au sens de posséder et d'apprécier, on emploie used to.
I'm still not used to speak English at work.
I'm still not used to speaking English at work.
Après be used to, le mot to est une préposition. Elle appelle un nom ou un verbe en -ing.
I used to go to the gym twice last week.
I went to the gym twice last week.
Used to suppose une période étendue et révolue. Pour deux séances datées, le prétérit simple suffit.
Un dernier repère, celui du temps qui compte
Si vous ne devez garder qu'une chose, gardez la question du temps visé. Used to et would regardent en arrière et supposent une rupture. Be used to regarde le moment où vous parlez, et ne dit rien de ce qui précède. Beaucoup d'hésitations se dissipent dès qu'on se demande simplement de quelle époque on parle.
Ce point appartient à une famille plus large, celle des formes qui organisent le temps dans la phrase anglaise. On la retrouve avec le choix entre since ou for, qui répond à une question voisine, ou avec le past perfect, qui intervient quand deux moments du passé doivent être remis dans l'ordre. Les trois se travaillent bien ensemble, parce qu'elles décrivent la même chose sous des angles différents.
Pour l'entretien de Léna, la phrase finale tiendra en une ligne : « I used to work in a large department, and I'm used to managing several projects at once. » Deux formes, deux temps, une seule respiration. C'est exactement le genre de phrase qu'un recruteur remarque sans savoir pourquoi.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre used to et be used to ?
Used to + infinitif décrit une habitude ou un état passé qui a cessé : « I used to play the piano » signifie que vous n'en jouez plus. Be used to + nom ou verbe en -ing décrit une accoutumance actuelle : « I'm used to playing in front of people » signifie que cela ne vous intimide plus. La première forme est figée et n'existe qu'au passé, la seconde se conjugue librement avec be. Le test rapide consiste à remplacer par accustomed to : si la phrase tient, il faut du -ing.
Dit-on didn't use to ou didn't used to ?
À l'écrit, la forme attendue est didn't use to, sans -d. L'auxiliaire did porte déjà la marque du passé, le verbe principal reste donc à l'infinitif nu, exactement comme dans didn't want ou didn't know. La variante didn't used to circule beaucoup, parce que la prononciation est identique dans les deux cas, mais elle est comptée comme une erreur dans un contexte d'examen. Il existe aussi une tournure plus formelle et plus rare, used not to.
Peut-on toujours remplacer used to par would ?
Non. Would fonctionne pour les actions passées répétées, « every winter we would drive north », mais pas pour les états. Avec be, have au sens de posséder, know, like, live ou believe, seul used to est correct : on dit « there used to be a cinema here », pas « there would be a cinema here » avec ce sens. Would a également besoin d'un cadre temporel explicite, sans quoi il sera lu comme un conditionnel.
Comment dire une habitude au présent, puisque used to est au passé ?
Used to n'a pas de forme présente. Pour une habitude actuelle, on emploie le présent simple, souvent accompagné d'un adverbe de fréquence : « I usually work from home on Fridays. » Les mots usually, normally, tend to et generally jouent ce rôle. Écrire « I use to work from home » est une faute fréquente et immédiatement repérée.
Quelle différence entre be used to et get used to ?
Be used to décrit un état atteint : vous êtes habitué, la chose ne vous demande plus d'effort. Get used to décrit le processus en cours ou à venir : « I'm still getting used to the new software », « you'll get used to it ». Les deux se construisent de la même manière, avec un nom ou un verbe en -ing derrière to. Le choix dépend donc uniquement de l'étape où vous vous trouvez.
Pour aller plus loin
- La grammaire anglaise, niveau par niveauToutes les fiches du mag' rangées par palier du CECRL, de A1 à C1. Pratique pour voir ce qui vient avant et après ce point.
- Still, yet, alreadyTrois adverbes qui situent une action par rapport à maintenant. Le même terrain que used to, vu depuis le présent.
- Since ou forPoint de départ ou durée : la question à se poser avant de choisir, avec les cas où l'intuition française trompe.
- Le test de niveauUn repère pour savoir où vous en êtes sur l'échelle des dix niveaux, et quels points de grammaire réviser en priorité.
Dans le dossier Ressources
- ConjugaisonLes verbes irréguliers anglais, classés par sonoritéRangés par ordre alphabétique, ils sont deux cents cas particuliers. Rangés par la façon dont ils sonnent, ils forment une petite dizaine de familles, et la plupart s'apprennent par groupes entiers.
- GrammaireLa grammaire anglaise, niveau par niveauOn révise rarement la grammaire dans l'ordre. On révise le point qui a fait trébucher hier, puis un autre, sans savoir s'il fallait le savoir déjà. Cette page range les règles par palier, pour que vous sachiez ce qui vous attend et ce qui peut patienter.
- ConjugaisonLe présent simple et le présent en -ing, et lequel choisirL'anglais a deux présents là où le français en a un. Ce n'est pas une subtilité de style : choisir l'un ou l'autre change ce que la phrase raconte. Voici la frontière, et les cas où elle se déplace.
