Le pluriel anglais, et les mots qui n'en font qu'à leur tête

Ajouter un S, c'est vrai neuf fois sur dix. Le reste tient dans une liste courte, qu'on peut apprendre en une soirée, à condition de comprendre pourquoi ces mots-là résistent. Et de savoir lesquels n'ont carrément pas de pluriel.

Berlitz FranceGrammaire7 minutes de lecture

Bureau en bois éclairé par une lampe, la nuit : un cahier ouvert couvert de notes manuscrites, un dictionnaire de poche posé à plat, une tasse de thé et un crayon en travers de la page.
Les listes fermées s'apprennent par petits paquets, le soir, en les disant à voix haute plutôt qu'en les relisant.

Salomé prépare une présentation pour jeudi. Elle relit sa deuxième diapositive à voix haute, comme on le lui a conseillé, et bute sur sa propre phrase : « Our three new datas show a clear trend. » Quelque chose sonne faux. Elle ne sait pas quoi.

Elle corrige en « three new data ». Puis elle hésite encore, efface, remet le S, l'enlève à nouveau. Dix minutes sur un mot de quatre lettres, alors que la diapositive suivante contient un graphique qu'elle maîtrise parfaitement.

Le pluriel anglais donne cette impression trompeuse d'être réglé en une ligne. On ajoute un S, et voilà. Sauf que les mots les plus fréquents de la langue sont précisément ceux qui échappent à la règle, parce qu'ils sont vieux et que l'usage les a protégés. Enfant, pied, dent, femme, homme, souris. Rien d'exotique là-dedans.

La bonne nouvelle, c'est que cette liste est finie. Contrairement aux verbes irréguliers, on en fait le tour.

L'essentiel

  • Le pluriel régulier anglais s'obtient en ajoutant -s, ou -es après les sons sifflants (bus, buses ; watch, watches), et les noms en consonne + y font -ies (city, cities).
  • Une trentaine de noms suivent un pluriel ancien : child/children, foot/feet, man/men, mouse/mice, tooth/teeth, et une série de mots dont le pluriel est identique au singulier (sheep, fish, aircraft).
  • Certains noms n'ont pas de pluriel du tout en anglais (information, advice, furniture, luggage) et se comptent avec un quantifieur : two pieces of advice, not two advices.

La règle qui couvre l'immense majorité des cas

Avant les exceptions, il faut que le pluriel régulier soit automatique, parce que c'est lui qui fournit la sécurité. On ajoute -s au nom, sans changer le reste : one book, two books ; one idea, two ideas ; one problem, two problems. L'orthographe du singulier ne bouge pas.

On ajoute -es quand le nom se termine par un son sifflant, parce qu'un simple -s serait inaudible. Cela concerne les finales en -s, -ss, -sh, -ch, -x et -z : one bus, two buses ; one glass, two glasses ; one brush, two brushes ; one match, two matches ; one box, two boxes. Prononcez ces pluriels, vous entendrez une syllabe de plus.

Le -y final se comporte de deux façons selon ce qui le précède. Après une consonne, il devient -ies : country, countries ; company, companies ; strategy, strategies. Après une voyelle, il reste intact et prend un simple -s : day, days ; key, keys ; journey, journeys.

Les noms en -f et -fe se partagent. Beaucoup transforment leur finale en -ves : leaf, leaves ; knife, knives ; life, lives ; wife, wives ; half, halves. D'autres prennent un -s ordinaire : roof, roofs ; chief, chiefs ; belief, beliefs. Il n'y a pas de règle fiable pour trancher, seulement l'habitude, et ces mots sont assez peu nombreux pour qu'on les retienne au cas par cas.

Reste le -o final, qui hésite lui aussi. Potato, potatoes et tomato, tomatoes prennent -es, tandis que photo, photos et piano, pianos prennent un simple -s. Les mots courts et anciens tirent vers -es, les abréviations et les emprunts récents vers -s.

Les pluriels anciens, ceux qui changent de voyelle

Une trentaine de noms n'ont jamais adopté le -s. Ce sont des survivants d'un système plus vieux, et ils ont tenu parce qu'on les emploie tous les jours : plus un mot est fréquent, mieux il résiste à la régularisation. C'est exactement pour cette raison que la liste ne s'apprend pas comme une curiosité mais comme du vocabulaire de base.

Le mécanisme le plus visible est le changement de voyelle interne. My foot hurts devient my feet hurt. One tooth, two teeth. A man, three men. That woman, those women, avec cette particularité que le pluriel de woman s'écrit avec un E mais se prononce avec un son proche de « i » sur la première syllabe. A mouse, several mice. A goose, two geese. A louse, lice, si le sujet vient à surgir.

Deux noms ajoutent une terminaison ancienne en -en. Child fait children, et l'anglais tient beaucoup à cette forme : « three childs » est immédiatement repéré comme une faute, dans un examen comme dans un e-mail. Ox fait oxen, plus rare, mais qui apparaît encore dans les textes.

Enfin, une famille entière ne change pas du tout. One sheep, ten sheep ; one deer, two deer ; one aircraft, four aircraft ; one series, three series ; one species, many species. Le nom est identique, seul le contexte indique le nombre, d'où l'importance du verbe et du déterminant qui l'entourent : this sheep is, these sheep are.

Le cas de fish mérite une ligne. Fish sert de pluriel dans presque toutes les situations : I caught six fish. La forme fishes existe, mais elle désigne plutôt des espèces différentes, dans un contexte scientifique. En parlant d'un dîner ou d'une partie de pêche, dites fish.

child → children
The children are waiting outside. Le pluriel ne prend jamais de -s supplémentaire : « childrens » n'existe pas.
person → people
Ten people applied for the job. Persons subsiste dans la langue administrative et juridique, sur un panneau ou dans un règlement, mais people est la forme normale.
foot → feet, tooth → teeth
My new shoes hurt my feet. I brush my teeth twice a day. Ces deux mots reviennent dans presque toute conversation sur la santé.
man → men, woman → women
Two men were repairing the lift. The women in my team lead three projects. Attention aux mots composés : policeman fait policemen, businesswoman fait businesswomen.
mouse → mice
We found mice in the cellar. Pour le périphérique informatique, l'usage courant accepte mouses aussi bien que mice, mais mice reste le plus répandu.
sheep, deer, aircraft : invariables
The farm has forty sheep. Three aircraft landed before noon. Le nom ne bouge pas, le verbe fait le travail.
criterion → criteria, phenomenon → phenomena
Emprunts au grec, courants en contexte professionnel. The main criteria are cost and delay. Un seul critère se dit one criterion.
analysis → analyses, crisis → crises
Les noms en -is font -es, avec un déplacement de prononciation vers un son « iz » final. Our analyses point in the same direction.

Les mots qui n'ont pas de pluriel, et ceux qui n'ont pas de singulier

C'est ici que le français induit le plus d'erreurs, parce que nos deux langues ne découpent pas le monde de la même façon. Un nom anglais est comptable ou non comptable, et le non comptable refuse le pluriel comme il refuse l'article a. Information, advice, furniture, luggage, equipment, homework, research, knowledge, money, news : tous invariables.

La conséquence est très concrète. On n'écrit pas « I need some informations » mais I need some information. Pas « she gave me two advices » mais she gave me two pieces of advice. Pas « we bought new furnitures » mais we bought new furniture, ou a piece of furniture pour l'unité. Le quantifieur porte le nombre : a piece of, an item of, a bit of, two litres of.

News est doublement piégeux : il se termine par -s mais commande un verbe singulier. The news is good, jamais « the news are good ». Même logique pour certains noms de disciplines en -ics : mathematics is my weak point ; physics is taught in the second year.

À l'inverse, une petite famille n'existe qu'au pluriel, parce que l'objet a deux branches : trousers, jeans, glasses, scissors, headphones. On dit these trousers are too long, et pour désigner un seul objet on passe par a pair of : I bought two pairs of jeans. Dire « a trouser » revient à parler d'une jambe de pantalon.

Enfin, quelques noms changent de sens selon qu'ils sont comptables ou non. Time non comptable signifie le temps qui passe (I don't have time), time comptable signifie une occurrence (three times a week). Idem pour experience : work experience désigne l'expérience professionnelle en général, an unforgettable experience désigne un épisode précis. Ce partage se travaille en même temps que some, any, much et many, qui reposent exactement sur la même distinction.

Ce que le pluriel entraîne dans le reste de la phrase

Un pluriel n'est jamais isolé. Il déclenche l'accord du verbe, le choix du démonstratif et parfois la disparition de l'article, et c'est là que les fautes se remarquent le plus, bien plus qu'à l'intérieur du mot lui-même.

Le verbe be suit le nom : the file is ready, the files are ready. Le point délicat, c'est que les irréguliers cachent leur pluriel. Aucun -s à la fin de children, de men, de sheep, et pourtant l'accord est bien pluriel : the children are outside, these sheep are new, the men have already left. Avec un pluriel invariable, seule la phrase entière indique le nombre. Au singulier, le verbe reprend son -s de troisième personne, sujet d'une règle qui a ses propres pièges.

L'article indéfini disparaît au pluriel. A problem donne problems, pas « a problems ». Pour parler d'une catégorie entière, l'anglais emploie le pluriel nu, sans déterminant : cars are expensive in this city ; teachers need time to prepare. Le français mettrait un article défini, l'anglais ne met rien, et ce décalage produit des phrases comme « the cars are expensive » qui signifient tout autre chose, à savoir ces voitures-là précisément.

Les démonstratifs se dédoublent aussi : this file, these files ; that woman, those women. Une chose ne change pas, l'adjectif, qui reste invariable en toute circonstance. Three long meetings, jamais « longs ». C'est un réflexe francophone tenace, et il se corrige vite parce que la règle n'a aucune exception.

Les pièges de prononciation, et pourquoi ils comptent à l'oral

Un pluriel mal prononcé s'entend davantage qu'un pluriel mal orthographié. Le -s final se réalise de trois façons, sans que l'écriture le signale. Après un son sourd, il se prononce « s » : books, cats, maps. Après un son sonore ou une voyelle, il se prononce « z » : dogs, cars, ideas, jobs. Et après un sifflant, il forme une syllabe entière en « iz » : buses, watches, boxes, languages.

Ce détail a une conséquence pratique en réunion. Prononcer « prices » en une seule syllabe rend le mot méconnaissable, et l'interlocuteur entend price. Le nombre disparaît, la phrase change de sens, et personne ne demande de répéter.

Deux paires méritent un entraînement à part parce qu'elles se distinguent uniquement par une voyelle. Foot et feet, dont la différence tient à un son court contre un son long. Woman et women, où c'est la première syllabe qui change et non la seconde, contrairement à ce que l'orthographe laisse croire. Dites-les à voix haute l'une après l'autre, plusieurs fois, jusqu'à ce que votre oreille les sépare sans effort.

Reste le mot de Salomé. Data est à l'origine le pluriel latin de datum, et l'usage scientifique le traite encore ainsi : the data are inconclusive. Mais dans la langue professionnelle courante, data fonctionne comme un non comptable singulier : the data is available on the shared drive. Les deux se rencontrent, aucun n'est fautif, et « datas » n'existe dans aucun des deux systèmes.

Les formulations qui trahissent le francophone

Ces phrases se ressemblent beaucoup, et une seule de chaque paire passera sans accroc.

  • I have two informations for you.

    I have two pieces of information for you.

    Information ne se compte pas. Le nombre passe par piece of, ou par une reformulation : I have two things to tell you.

  • The childrens are in the garden.

    The children are in the garden.

    Children est déjà un pluriel. Lui ajouter un -s produit une faute que tout examinateur repère à la première lecture.

  • My feets are cold.

    My feet are cold.

    Le changement de voyelle porte à lui seul le pluriel. Aucun -s ne vient s'ajouter par-dessus.

  • These news are terrible.

    This news is terrible.

    Malgré son -s, news commande un verbe singulier. Le même piège existe avec mathematics et politics.

  • I bought a new jean.

    I bought a new pair of jeans.

    Jeans, trousers, glasses et scissors n'existent qu'au pluriel. Pour l'unité, on passe par a pair of.

  • The peoples were waiting.

    The people were waiting.

    People est le pluriel de person. Peoples existe, mais désigne des peuples, au sens de nations.

Comment on retient une liste finie

Une liste fermée s'apprend autrement qu'une règle. Il n'y a rien à comprendre, seulement à installer, et cela se fait par petits paquets liés par le sens plutôt que par ordre alphabétique. Le corps d'abord : foot, feet ; tooth, teeth. Les personnes ensuite : man, men ; woman, women ; child, children ; person, people. Les animaux de la ferme et de la cave : sheep, mouse, goose. Le vocabulaire professionnel enfin : criterion, analysis, crisis.

Le plus efficace reste de les employer dans des phrases qui vous concernent, pas dans des exemples neutres. Une phrase sur votre travail, votre appartement, vos enfants s'ancre bien mieux qu'une phrase sur des moutons que vous ne verrez jamais. Prononcez-la à voix haute, au présent puis au passé, pour que l'accord du verbe suive le pluriel sans que vous ayez à y penser.

Un dernier repère : le pluriel se révise utilement en même temps que l'article, parce que les deux points s'appuient sur la même question, celle de savoir si le nom se compte. Le pilier de grammaire anglaise par niveau range ces pages par palier, et l'ordre proposé n'est pas arbitraire.

Un mot pour finir sur l'évolution en cours. Les emprunts au latin et au grec se régularisent lentement : forums a remplacé fora dans presque tous les contextes, stadiums cohabite avec stadia, et indexes voisine avec indices, ce dernier étant réservé aux mathématiques et à l'économie. Autrement dit, la liste des irréguliers rétrécit avec le temps. Les mots du quotidien, eux, ne bougeront pas : ils sont trop employés pour cela.

Questions fréquentes

Quels sont les pluriels irréguliers anglais les plus courants ?

Les plus fréquents sont child/children, person/people, man/men, woman/women, foot/feet, tooth/teeth, mouse/mice et goose/geese. À cela s'ajoute une famille de noms invariables, dont le pluriel est identique au singulier : sheep, deer, fish, aircraft, series, species. En contexte professionnel, on rencontre aussi criterion/criteria, phenomenon/phenomena, analysis/analyses et crisis/crises. La liste complète compte quelques dizaines de mots, ce qui la rend beaucoup plus abordable que celle des verbes irréguliers.

Pourquoi ne dit-on pas « informations » en anglais ?

Parce que information est un nom non comptable en anglais : il ne prend jamais de -s et ne s'emploie pas avec a. On dit I need some information, et pour compter on passe par un quantifieur : two pieces of information. La même règle vaut pour advice, furniture, luggage, equipment, homework, research, knowledge et money. C'est une différence de découpage entre le français et l'anglais, pas une exception à retenir mot par mot.

Comment forme-t-on le pluriel des noms qui finissent par -y ?

Tout dépend de la lettre qui précède le -y. Après une consonne, le -y devient -ies : city donne cities, company donne companies, strategy donne strategies. Après une voyelle, le -y reste et on ajoute simplement -s : day donne days, key donne keys, boy donne boys. La règle n'a pas d'exception notable, ce qui en fait l'une des plus rentables à installer.

Faut-il dire « the data is » ou « the data are » ?

Les deux se rencontrent. Data étant à l'origine le pluriel latin de datum, l'usage scientifique et académique conserve l'accord pluriel : the data are inconclusive. Dans la langue professionnelle courante, data fonctionne comme un non comptable singulier : the data is available on the shared drive. Choisissez selon votre contexte et restez cohérent dans un même document. En revanche, la forme « datas » n'existe dans aucun usage.

Pourquoi « news » prend-il un verbe au singulier ?

Parce que son -s final n'est pas une marque de pluriel : news désigne une notion globale, l'information, et commande donc un verbe singulier. On dit the news is good, jamais « the news are good ». Plusieurs noms de disciplines en -ics fonctionnent de la même façon : mathematics is difficult, physics is my favourite subject. Pour compter, on passe par a piece of news ou an item of news.

Pour aller plus loin

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