Le S de la troisième personne, la règle et ses trois pièges

Une seule lettre, ajoutée à un seul endroit, et pourtant elle tombe presque toujours au mauvais moment. Voici où elle va, comment elle s'écrit, et les trois situations où elle disparaît alors qu'on croyait devoir la mettre.

Berlitz FranceConjugaison6 minutes de lecture

Un cahier ouvert et un crayon posés sur une table de cuisine éclairée par une lampe, une tasse à moitié vide à côté, un ordinateur fermé en arrière-plan.
Cette règle-là se révise rarement en classe. Elle se révise le soir, juste avant d'en avoir besoin.

Camille prépare une présentation pour le lendemain matin. Elle relit ses notes à voix haute, seule dans la cuisine, et la phrase sort comme ça : « My colleague work in Lyon. » Elle s'arrête. Elle sait qu'il manque quelque chose. Elle reprend, ajoute le S, puis se demande si elle ne vient pas de fabriquer un pluriel.

C'est le paradoxe de cette lettre. Elle est enseignée dans les premières semaines, tout le monde connaît la règle, et elle continue de disparaître pendant des années à l'oral. Non par ignorance. Par vitesse.

En français, la terminaison du verbe change à chaque personne, et l'oreille est habituée à entendre ces variations. En anglais, le verbe au présent simple ne bouge qu'une fois, à la troisième personne du singulier. Une exception unique dans un tableau vide, c'est justement ce qui se rate le plus facilement.

Le reste de cette page tient en une règle, trois orthographes et trois pièges.

L'essentiel

  • Au présent simple, le verbe anglais ne change qu'à la troisième personne du singulier : he, she, it, ou tout sujet singulier équivalent, prend un S final. Toutes les autres personnes gardent la forme de base.
  • L'orthographe suit trois cas : S simple dans la majorité des verbes, ES après les sons sifflants et après O, et IES quand le verbe se termine par consonne suivie de Y.
  • Le S disparaît dès qu'un auxiliaire entre en jeu (does, doesn't, will, can) et il ne se met jamais sur un verbe qui suit to. Il reste en revanche sur has et il devient irrégulier avec be.

La règle, et la seule case du tableau qui bouge

Au présent simple, l'anglais utilise la forme de base du verbe partout, sauf à une place. Avec he, she, it, et avec n'importe quel sujet singulier de la troisième personne, on ajoute un S. I work, you work, we work, they work, mais he works. C'est tout le contenu de la règle.

Le mot « troisième personne » embrouille parfois plus qu'il n'aide. Retenez plutôt ceci : dès que le sujet est une chose ou une personne dont on parle, au singulier, et qu'on pourrait le remplacer par he, she ou it, le S tombe. My sister lives in Berlin. The train leaves at eight. This machine needs a new filter.

La confusion avec le pluriel des noms vient de la lettre elle-même, qui est la même. Elle fait pourtant l'inverse. Sur un nom, le S signale qu'il y en a plusieurs : the dogs bark. Sur un verbe, il signale qu'il n'y en a qu'un : the dog barks. Une phrase correcte au présent simple ne porte donc jamais deux S côte à côte sur le sujet et sur le verbe.

Ce mécanisme se voit bien avec les sujets composés. My brother and I work together, deux personnes, pas de S. My brother works with me, une seule, le S revient. Le verbe se règle sur le sujet, pas sur le sens général de la phrase.

Trois orthographes, selon la fin du verbe

La règle se complique juste assez pour mériter trente secondes d'attention. Le S s'ajoute tel quel dans la grande majorité des cas, mais certaines terminaisons imposent une autre forme, essentiellement pour que le mot reste prononçable.

La logique est phonétique avant d'être orthographique. Un verbe qui finit déjà par un son sifflant ne peut pas recevoir un S seul : il faut une voyelle entre les deux pour que l'oreille entende la syllabe. C'est pour cela que watch devient watches, avec une syllabe de plus.

S simple, cas par défaut
La majorité des verbes. He reads the report every Monday. She sends the invoice on Friday. It costs too much.
ES après sifflante et après O
Verbes en -s, -ss, -sh, -ch, -x, -z, et verbes en -o. She teaches Spanish. He fixes the printer himself. The meeting goes on until six. My manager does the planning.
IES après consonne + Y
Le Y devient I et on ajoute ES. He studies at night. She carries the boxes upstairs. The company tries a new supplier.
Y conservé après une voyelle
Si le Y suit une voyelle, rien ne change, on ajoute simplement S. He plays the piano. She buys her coffee downstairs. It stays open late.
Les trois formes à part
Have devient has, be devient is, et do devient does. She has two children. He is late again. It does not matter.

Premier piège : l'auxiliaire prend le S, pas le verbe

C'est l'erreur la plus fréquente, et de loin. Dès qu'une phrase contient un auxiliaire, celui-ci porte la marque de personne, et le verbe qui suit reprend sa forme de base. Le S ne se met qu'une fois par groupe verbal.

À la forme négative : she doesn't work here, jamais she doesn't works here. À la question : does he speak French, jamais does he speaks French. Le does a déjà fait le travail. Beaucoup de rédacteurs francophones ajoutent le S par réflexe de correction, ce qui produit une faute là où la forme était juste.

La règle vaut pour tous les auxiliaires modaux, et elle simplifie même la vie. Can, must, will, should, may ne prennent jamais de S eux-mêmes et interdisent le S sur le verbe suivant. He can come tomorrow. She will call you back. It must arrive before noon. Aucune terminaison à surveiller.

Même logique avec les temps composés. He has finished, she is waiting : la marque est sur has et sur is, pas sur le participe ni sur le verbe en -ing. Une fois ce principe intégré, la moitié des hésitations disparaît, et c'est aussi ce qui permet de choisir sereinement entre le présent simple et le présent en -ing.

Deuxième piège : après to, jamais de S

L'infinitif anglais est invariable. Quand un verbe en suit un autre par l'intermédiaire de to, le second reste nu, quel que soit le sujet de la phrase. She wants to leave early. He needs to check the figures. It seems to work.

Le premier verbe, lui, obéit à la règle normale. Dans she wants to leave, le S est sur wants parce que le sujet est she, et il est absent sur leave parce que ce verbe dépend de to. Deux verbes, une seule marque, toujours sur celui qui est conjugué.

Le piège se referme surtout dans les phrases un peu longues, où le sujet est loin. The person who answers the phone tries to help everyone. Le premier verbe s'accorde avec person, le second suit tries, le troisième dépend de to. Rien d'exotique, mais il faut relire.

Un cas voisin mérite un mot : après help, make, let, on emploie souvent l'infinitif sans to, et le verbe reste également invariable. She helps me finish the report. He lets his team choose.

Troisième piège : les sujets qui n'ont pas l'air singuliers

Certains sujets trompent l'oreille française. Everyone, everybody, someone, nobody, each, either sont grammaticalement singuliers en anglais, même quand ils désignent un groupe entier. Everyone knows the answer. Nobody wants to start. Each option has its cost.

Les noms collectifs demandent un peu d'attention. Team, staff, government, company acceptent le singulier en anglais américain standard : the team meets on Tuesdays. L'anglais britannique tolère le pluriel quand on pense aux individus, mais le singulier passe partout, ce qui en fait le choix sûr en examen.

Autre source d'erreurs : les noms de matières et les mots en -s qui ne sont pas des pluriels. News, economics, mathematics, politics prennent le singulier. The news is good. Economics interests her. À l'inverse, people est un pluriel : people work, jamais people works. Cette frontière recoupe celle des pluriels irréguliers, qui réservent d'autres surprises du même genre.

Enfin, une remarque de prononciation, parce que c'est souvent là que le S se perd. Il se dit de trois façons selon le son qui précède : sourd dans works, sonore dans reads, et en syllabe supplémentaire dans watches. Prononcer ces terminaisons à voix haute, lentement, quelques minutes par jour, les fixe plus vite que n'importe quelle liste relue en silence.

Les erreurs qui reviennent le plus

Quatre phrases entendues très souvent, et la version qui passe partout.

  • He don't work on Fridays.

    He doesn't work on Fridays.

    La marque de personne va sur l'auxiliaire. Don't ne s'emploie jamais avec he, she ou it.

  • Does she speaks English?

    Does she speak English?

    Does porte déjà le S. Le verbe qui suit reste à la forme de base.

  • My sister want to travel.

    My sister wants to travel.

    Le sujet est singulier et remplaçable par she. Le verbe conjugué prend le S, celui qui suit to non.

  • Everybody know the rule.

    Everybody knows the rule.

    Everybody est singulier en anglais, malgré le sens collectif. Même chose pour everyone, nobody et someone.

Ce que cette lettre change à l'écoute

On travaille ce S pour ne pas faire de faute. Il sert aussi à autre chose, qu'on remarque plus tard : il porte une information que le français exprime autrement. Dans une réunion rapide, entendre works plutôt que work vous dit qu'on parle d'une personne et non de l'équipe, avant même que le nom soit prononcé.

C'est la raison pour laquelle les locuteurs natifs ne le sautent pas, même en parlant vite. Il est faible, souvent presque inaudible, mais il n'est pas décoratif. L'omettre ne rend pas la phrase incompréhensible ; elle devient simplement floue, et l'interlocuteur redemande.

Reste la question de l'automatisme. Cette règle ne s'installe pas en la comprenant, elle s'installe en produisant des phrases, à voix haute, jusqu'à ce que la main et la bouche la mettent sans y penser. Une manière efficace de s'entraîner : prendre trois personnes de son entourage professionnel et décrire ce que chacune fait, au présent, cinq phrases par personne.

Questions fréquentes

Quand faut-il ajouter un S au verbe en anglais ?

Au présent simple uniquement, et seulement à la troisième personne du singulier : he, she, it, ou tout sujet singulier équivalent comme my brother, the train, this machine. Toutes les autres personnes utilisent la forme de base du verbe. He works, mais I work, you work, we work, they work. Aux autres temps, ce S n'existe pas.

Pourquoi dit-on « he doesn't work » et pas « he doesn't works » ?

Parce que la marque de personne ne se met qu'une fois par groupe verbal, et elle va sur l'auxiliaire. C'est does qui porte le S, sous la forme doesn't, donc le verbe qui suit revient à sa forme de base. Le même principe s'applique aux questions : does he speak French, et non does he speaks French. Avec les modaux comme can, will ou must, il n'y a de S ni sur l'auxiliaire ni sur le verbe.

Comment savoir s'il faut écrire S, ES ou IES ?

On ajoute ES après les verbes qui finissent par un son sifflant (-s, -ss, -sh, -ch, -x, -z) et après ceux qui finissent par O : she watches, he goes, it mixes. On écrit IES quand le verbe finit par une consonne suivie de Y, le Y se transformant en I : study devient studies. Si le Y suit une voyelle, on ajoute simplement S : play devient plays. Partout ailleurs, S seul suffit.

Everybody prend-il un verbe au singulier ou au pluriel ?

Au singulier, en anglais standard, même s'il désigne plusieurs personnes. Everybody knows, everyone wants, somebody is waiting, nobody has answered. Le même fonctionnement vaut pour each et pour either. Attention à ne pas confondre avec people, qui est un pluriel et se construit donc sans S sur le verbe : people work.

Le S de la troisième personne se prononce-t-il vraiment ?

Oui, et de trois façons selon le son qui précède. Il est sourd après un son sourd, comme dans works ou stops. Il est sonore après une voyelle ou un son sonore, comme dans reads ou plays. Il forme une syllabe supplémentaire après une sifflante, comme dans watches ou finishes. Il est discret mais il s'entend, et les locuteurs natifs ne l'omettent pas.

Pour aller plus loin

Dans le dossier Ressources

La règle est courte.L'automatisme, moins.

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