Sarah relit le compte rendu de la réunion de la veille. Une phrase la retient : « The client said he will confirm on Friday. » Elle sent que quelque chose cloche, sans savoir quoi. Elle essaie « would confirm », trouve cela plus juste, puis se demande si ce n'est pas trop littéraire pour un e-mail interne.
Elle a raison sur les deux points, ce qui est le plus déroutant. Les deux formes existent, elles ne disent pas tout à fait la même chose, et le choix dépend de ce qui s'est passé depuis vendredi.
Le discours rapporté est l'un des rares points de grammaire anglaise où le mécanisme est simple et l'application pleine de petits arbitrages. Le mécanisme d'abord : quand le verbe introducteur est au passé, tout ce qui suit recule d'un cran. Ensuite les arbitrages, qui tiennent presque tous à une seule question : la chose rapportée est-elle encore valable au moment où vous parlez ?
L'essentiel
- Quand le verbe introducteur est au passé (said, told, explained), les temps de la phrase rapportée reculent d'un cran : present simple vers past simple, present perfect et past simple vers past perfect, will vers would, can vers could.
- Trois séries changent en même temps que les temps : les pronoms, les repères de temps (now devient then, tomorrow devient the next day) et les repères de lieu (here devient there).
- Le recul n'est pas obligatoire quand le verbe introducteur est au présent, quand le fait rapporté reste vrai, ou quand la forme est déjà au past perfect ou contient would, could, should, might.
Le recul d'un cran, et ce qu'il déclenche
Le point de départ est le verbe introducteur. S'il est au passé, l'anglais recule d'un cran tout ce qui vient après. C'est une mécanique, pas une nuance de sens : « I'm tired » devient « She said she was tired », alors même que la fatigue peut très bien durer encore.
Le cran, concrètement, va du présent au passé et du passé au past perfect. « I work in Leeds » donne « He said he worked in Leeds ». « I saw the report » et « I have seen the report » donnent tous les deux « He said he had seen the report », ce qui explique qu'un texte rapporté perde parfois de la précision par rapport à l'original. Les modaux suivent : will devient would, can devient could, may devient might, must devient had to.
Le recul s'arrête là où il n'y a plus de cran disponible. Le past perfect ne bouge pas, et les formes would, could, should, might restent telles quelles. « I would call you » donne « She said she would call me », sans double couche.
Reste une chose que la mécanique ne fait pas toute seule : le déplacement du point de vue. Vous n'êtes plus la personne qui parlait, vous n'êtes plus au même moment, souvent plus au même endroit. Les pronoms, les repères temporels et les repères spatiaux se recalculent en conséquence, et c'est là que se logent la plupart des erreurs.
Les pronoms, les dates et les lieux bougent aussi
Un exemple suffit à voir l'ampleur du glissement. Un collègue vous dit lundi : « I'll send you my notes tomorrow. » Vous le racontez le mercredi : « He said he would send me his notes the next day. » Trois changements dans une phrase de neuf mots, et un seul concerne le temps du verbe.
Les repères de temps se réalignent sur le moment où vous parlez, pas sur celui où l'on a parlé. Now devient then, today devient that day, yesterday devient the day before, tomorrow devient the next day ou the following day, next week devient the following week, ago devient before. « I met her three days ago » donne « He said he had met her three days before ».
Les repères de lieu suivent la même logique : here devient there, this devient that, these devient those. « I left it here » donne « She said she had left it there », et l'on comprend immédiatement que la personne qui rapporte n'est plus dans la pièce en question.
Ces substitutions ne sont pas automatiques, elles sont contextuelles. Si vous rapportez le même jour et dans le même bureau ce qu'on vient de vous dire, today reste today et here reste here. La règle réelle n'est pas « remplacer tomorrow par the next day », c'est « nommer le moment tel qu'il est depuis là où vous parlez ».
- Present simple vers past simple
- « I don't drive. » donne « He said he didn't drive. »
- Present continuous vers past continuous
- « We're waiting for the invoice. » donne « They said they were waiting for the invoice. »
- Present perfect vers past perfect
- « I've finished the draft. » donne « She said she had finished the draft. »
- Past simple vers past perfect
- « I called twice. » donne « He said he had called twice. »
- Will vers would, can vers could
- « I can help on Thursday. » donne « She said she could help on Thursday. »
- Must vers had to
- « I must renew my visa. » donne « He said he had to renew his visa. »
- Les formes déjà reculées ne bougent pas
- « I might join later. » donne « She said she might join later. »
Quand le recul ne se fait pas
Le premier cas est le plus fréquent et le plus oublié : si le verbe introducteur est au présent, rien ne recule. « She says she's on her way » est correct, et « she was on her way » changerait le sens en éloignant l'information. Les verbes says, tells me, explains, mentions fonctionnent tous ainsi, et l'on s'en sert constamment pour relayer un message en direct.
Le deuxième cas relève du sens. Quand ce qui a été dit reste vrai au moment où vous le rapportez, garder le présent est courant et souvent préférable : « He told me the office closes at six. » L'horaire n'a pas changé, l'aplatir au passé laisserait entendre le contraire. C'est exactement l'arbitrage que Sarah sentait sans le formuler : « he will confirm on Friday » se défend tant que vendredi n'est pas passé.
Le troisième cas est purement formel. Une forme déjà au past perfect ou construite avec would, could, should, might, ought to n'a nulle part où aller. « I had already signed » donne « He said he had already signed », sans redoublement.
Ajoutons un quatrième cas, discret mais utile : les conditionnels de type deux et trois ne reculent pas non plus. « If I had more time, I would read it » donne « She said that if she had more time, she would read it », à l'identique.
En examen écrit, le réflexe sûr reste le recul complet quand le verbe introducteur est au passé. Dans un e-mail professionnel, le maintien du présent pour une information toujours valable passe mieux et se lit plus vite.
Say, tell, ask, et les verbes qui construisent différemment
Say et tell ne se remplacent pas l'un par l'autre, parce qu'ils n'attendent pas les mêmes compléments. Tell exige la personne à qui l'on parle : « He told me he was late. » Say ne la prend pas directement : « He said he was late », et si l'on veut la mentionner, il faut une préposition, « He said to me that... », tournure correcte mais moins naturelle que tell.
D'où la faute la plus répandue chez les francophones, calquée sur « il m'a dit » : « He said me » n'existe pas. Inversement, « He told that... » sans destinataire ne se dit pas non plus. Quelques expressions figées échappent à la règle et se construisent avec tell sans personne : tell the truth, tell a lie, tell a story, tell the difference.
Ask sert pour les questions et pour les demandes, et son complément d'objet indirect est facultatif : « She asked (me) where I lived. » Pour une demande d'action, on passe à l'infinitif : « He asked me to wait. » Le même schéma vaut pour told employé comme ordre : « She told us to leave. »
That, enfin, s'omet librement après say, tell, think ou know dans un registre courant, et se maintient à l'écrit soigné. « He said the deadline had moved » et « He said that the deadline had moved » sont l'un et l'autre corrects. Cette souplesse est la même que celle des propositions relatives, où that alterne aussi avec l'absence de marqueur.
Les questions rapportées, qui perdent leur inversion
Une question rapportée n'est plus une question. Elle en perd l'inversion sujet-verbe, l'auxiliaire do et le point d'interrogation. « Where do you work? » devient « She asked me where I worked », dans l'ordre d'une phrase déclarative. C'est la seule chose à retenir, et elle suffit à corriger l'écrasante majorité des erreurs.
Quand la question originale commence par un mot interrogatif, ce mot reste : where, when, why, how, who, what. « Why did you leave early? » donne « He asked why I had left early ». Quand elle n'en a pas, autrement dit quand la réponse serait oui ou non, on introduit if ou whether. « Are you coming? » donne « She asked if I was coming », et whether s'impose surtout quand on présente deux branches : « He asked whether to call or write. »
Les impératifs suivent une autre voie, celle de l'infinitif. « Sign here, please » donne « She asked me to sign there », et un ordre négatif prend not devant to : « Don't wait for me » donne « He told me not to wait for him. »
Il existe une manière plus économique de rapporter, que les locuteurs utilisent bien plus souvent que la transposition complète : le verbe qui contient l'acte de parole. Plutôt que de restituer la phrase, on la nomme. « He apologised for the delay », « She offered to drive », « They refused to sign », « He suggested meeting on Tuesday ». Ces verbes ont chacun leur construction, gérondif pour certains, infinitif pour d'autres, ce qui renvoie au tri entre gérondif et infinitif.
Les calques du français, et la forme anglaise
Quatre erreurs qui reviennent presque toujours pour les mêmes raisons.
He said me that the meeting was cancelled.
He told me the meeting was cancelled.
Say ne prend pas de complément de personne directement. Avec un destinataire, on emploie tell.
She asked me where did I live.
She asked me where I lived.
Une question rapportée abandonne l'inversion et l'auxiliaire do : l'ordre des mots redevient celui d'une déclarative.
He asked if I want a coffee.
He asked if I wanted a coffee.
Le verbe introducteur au passé entraîne le recul du présent au past simple, même pour une proposition très brève.
She told to me not wait.
She told me not to wait.
Tell se construit sans préposition, et la négation d'un ordre rapporté se place avant to, jamais après.
Ce que le choix du verbe laisse entendre
Rapporter n'est jamais neutre. Entre « He said he would look into it » et « He promised to look into it », la mécanique grammaticale est comparable, l'engagement prêté à la personne ne l'est pas du tout. Claimed, insisted, admitted, warned, denied : chacun colore ce qui suit, et dans un compte rendu professionnel ce choix est lu attentivement, parfois plus que le contenu lui-même.
C'est pourquoi le discours rapporté arrive rarement seul dans un texte. Il s'appuie sur le past perfect pour établir l'antériorité, et souvent sur des tournures passives quand on préfère ne pas nommer la source. « We were told the file had already been closed » rapporte sans désigner personne, ce qui est un usage parfaitement courant et rarement innocent.
Un dernier réflexe, pour l'oral. Personne n'a le temps de calculer trois transpositions en parlant. Les locuteurs s'appuient donc sur des blocs qu'ils ont déjà en bouche : he said he was, she told me she'd, they asked if we could. Répétez-les jusqu'à ce qu'ils sortent d'un seul morceau, et la concordance suivra d'elle-même, dans ce sens-là plutôt que dans l'autre.
Questions fréquentes
Faut-il toujours reculer les temps dans le discours rapporté ?
Non. Le recul s'applique quand le verbe introducteur est au passé : said, told, explained, asked. Si l'introducteur est au présent (she says, he tells me), rien ne bouge. Et même avec un introducteur au passé, on garde souvent le présent quand l'information reste vraie au moment où l'on parle, comme dans « He told me the shop opens at nine ». À l'écrit d'examen, le recul complet reste l'option la plus sûre.
Quelle différence entre say et tell ?
Tell exige la personne à qui l'on s'adresse : « She told me she was leaving ». Say ne la prend pas directement : on dit « She said she was leaving », et non « She said me ». Si l'on veut absolument mentionner le destinataire avec say, il faut la préposition to : « She said to me that... », correct mais peu naturel. Quelques expressions figées font exception : tell the truth, tell a story, tell the difference.
Comment rapporter une question en anglais ?
On supprime l'inversion sujet-verbe, l'auxiliaire do et le point d'interrogation : « Where do you live? » devient « She asked where I lived ». Si la question commence par un mot interrogatif, ce mot est conservé. Si la réponse attendue est oui ou non, on introduit la proposition par if ou whether : « Are you free? » donne « He asked if I was free ».
Que devient must dans le discours rapporté ?
Must devient généralement had to quand on rapporte une obligation : « I must leave » donne « He said he had to leave ». Quand must exprime une déduction plutôt qu'une obligation, il reste souvent inchangé : « She must be tired » donne « He said she must be tired ». Les autres modaux suivent la mécanique du recul : will devient would, can devient could, may devient might, tandis que would, could, should et might ne bougent pas.
À quel niveau ce point est-il attendu ?
Le discours rapporté avec concordance des temps est attendu au palier B1.2 du cadre européen, soit le niveau 6 de l'échelle Berlitz. Il suppose que le past simple, le present perfect et les modaux courants sont déjà en place. Il ouvre l'accès au compte rendu de réunion, au récit d'un échange et à la restitution d'un entretien, trois situations où l'exactitude des temps se remarque tout de suite.
Pour aller plus loin
- La grammaire anglaise, niveau par niveauToutes les fiches de grammaire rangées par palier du cadre européen, de A1 à C1, pour situer ce point parmi les autres.
- Le past perfectLe temps sur lequel repose la moitié des phrases rapportées, et le moment précis où il devient nécessaire.
- Le passif anglaisUtile pour rapporter une information sans en nommer la source, un usage plus fréquent en anglais qu'en français.
- Le test de niveauUn repère pour savoir où vous en êtes sur l'échelle des dix niveaux, et quels points de grammaire viennent ensuite.
Dans le dossier Ressources
- ConjugaisonLes verbes irréguliers anglais, classés par sonoritéRangés par ordre alphabétique, ils sont deux cents cas particuliers. Rangés par la façon dont ils sonnent, ils forment une petite dizaine de familles, et la plupart s'apprennent par groupes entiers.
- GrammaireLa grammaire anglaise, niveau par niveauOn révise rarement la grammaire dans l'ordre. On révise le point qui a fait trébucher hier, puis un autre, sans savoir s'il fallait le savoir déjà. Cette page range les règles par palier, pour que vous sachiez ce qui vous attend et ce qui peut patienter.
- ConjugaisonLe présent simple et le présent en -ing, et lequel choisirL'anglais a deux présents là où le français en a un. Ce n'est pas une subtilité de style : choisir l'un ou l'autre change ce que la phrase raconte. Voici la frontière, et les cas où elle se déplace.
