Le th anglais, ses deux sons, et l'exercice qui les sépare

Un seul groupe de deux lettres, deux sons distincts, et aucune indication à l'écrit pour savoir lequel s'applique. La bonne nouvelle : la répartition n'est pas aléatoire, et la position de la langue est la même dans les deux cas.

Berlitz FrancePrononciation7 minutes de lecture

Un miroir mural dans un couloir clair reflète une console où reposent un carnet ouvert et un verre d'eau, dans une lumière douce de matin.
Le miroir reste l'outil de correction le plus fiable : il montre ce que l'oreille, elle, corrige toute seule.

Samia répète sa présentation dans sa cuisine, à voix haute, une dernière fois avant demain matin. Tout tient, sauf une phrase : « I think this is the third option. » Elle la reprend quatre fois. À chaque passage, les trois th sortent identiques, quelque part entre le s et le z, et la phrase se met à ressembler à « I sink zis is ze sird option ».

Elle n'entend pas ce qu'elle fait de travers, elle entend seulement que ça ne va pas. Le problème n'est pas son oreille. C'est que personne ne lui a jamais montré où mettre sa langue.

Le th anglais est l'un des rares sons qu'un francophone ne possède pas du tout dans son inventaire. Pas une variante lointaine, pas un cousin approximatif : rien. Il faut donc fabriquer un geste articulatoire nouveau, ce qui prend quelques jours et non quelques années, à condition de savoir lequel.

Et il y en a deux.

L'essentiel

  • Le digramme th note deux consonnes différentes : une sourde, comme dans think, notée /θ/, et une sonore, comme dans this, notée /ð/. La position de la langue est identique, seule la vibration des cordes vocales change.
  • La répartition suit des tendances repérables : les mots grammaticaux très fréquents (the, this, that, they, then, there) prennent le son sonore, tandis que les noms, adjectifs et nombres (thing, thick, three, month) prennent le plus souvent le son sourd.
  • L'erreur la plus coûteuse n'est pas de confondre les deux th entre eux, mais de les remplacer par s et z, ce qui crée des confusions réelles entre thing et sing, think et sink, ou breathe et breeze.

Un son que le français n'a pas, et ce que la bouche en fait

Le th anglais est une fricative dentale. Le mot fait peur, le geste est trivial : la pointe de la langue vient toucher légèrement le bord des incisives supérieures, ou se glisse juste entre les dents, et l'air passe dans l'interstice en frottant. Rien ne claque, rien ne s'arrête. L'air sort en continu, comme un souffle mince.

Le réflexe francophone consiste à reculer la langue derrière les dents et à produire un s ou un z, parce que ce sont les sons les plus proches disponibles. Ils sont proches à l'oreille, pas dans la bouche. Pour un s, la langue reste en arrière et l'air passe par un canal étroit ; pour un th, elle avance jusqu'au contact des dents et l'air s'étale.

Le test le plus fiable est visuel. Prenez un miroir et dites think. Si vous ne voyez pas apparaître la pointe de votre langue, c'est que vous dites sink. Ce contrôle-là est immédiat, et il vaut mieux que dix minutes d'écoute.

L'autre substitution fréquente est le f, entendue dans certains accents anglophones eux-mêmes : three devient free. Elle se corrige de la même manière, en supprimant le contact de la lèvre inférieure avec les dents pour le remplacer par le contact de la langue.

Sourd ou sonore : la même langue, une vibration en plus

Placez deux doigts sur votre gorge et prononcez longuement le th de think. Rien ne vibre. Prononcez maintenant celui de this, en tenant le son : la vibration est nette sous les doigts. Voilà toute la différence entre /θ/ et /ð/. La langue n'a pas bougé d'un millimètre.

La paire s et z fonctionne exactement sur le même principe en français, dans poisson et poison, et vous la maîtrisez sans y penser. Le th sourd et le th sonore ne demandent donc pas un apprentissage nouveau, seulement d'appliquer une distinction connue à une position de langue nouvelle.

Le th sonore est aussi plus court et plus léger que son cousin sourd. Dans the ou them, prononcés dans le flux d'une phrase, le frottement est à peine perceptible : la langue effleure les dents et repart. Insister dessus produit un anglais appuyé, un peu didactique, qui s'entend surtout chez les apprenants qui viennent de découvrir le son.

Une paire minimale règle la question de l'utilité : thigh, la cuisse, avec un th sourd, et thy, forme archaïque de ton, avec un th sonore. Cet exemple est un cas d'école. Dans la vie courante, les deux th ne se confondent presque jamais au point de créer un malentendu, parce que le contexte tranche. C'est bien pour cela qu'il faut hiérarchiser l'effort.

Comment savoir lequel prononcer sans dictionnaire

L'orthographe ne distingue pas les deux sons, mais la répartition n'est pas capricieuse pour autant. Elle recoupe assez largement une frontière entre les mots grammaticaux et les mots de contenu, avec des exceptions qu'il faut connaître nommément.

Les mots outils très fréquents prennent le son sonore. Ce sont les démonstratifs, les pronoms, les adverbes de lieu et de temps : the, this, that, these, those, they, them, their, then, than, there, though, thus. Ils ont en commun d'apparaître partout et de ne porter presque jamais l'accent de la phrase.

Les noms, les adjectifs, les verbes et les nombres prennent le plus souvent le son sourd : thing, thought, theatre, thick, thin, thirsty, three, thirteen, thousand, north, south, month, mouth, health, both, path. C'est aussi le cas des ordinaux, ce qui explique fourth, fifth, sixth, et cette série de finales que l'on trouve dans les dates et les nombres dits à voix haute.

Restent les cas à mémoriser un par un, parce qu'aucune règle ne les couvre. Le verbe breathe se prononce avec un th sonore, alors que le nom breath prend le th sourd. Même logique pour bathe et bath, ou pour with, majoritairement sonore en anglais britannique. Et entre deux voyelles à l'intérieur d'un mot, le th est souvent sonore : mother, father, brother, weather, together, either.

the
Sonore, et rarement prononcé en entier dans le flux. Devant consonne, la voyelle se réduit à un schwa : the book. Devant voyelle, elle s'allonge : the end.
through
Sourd, et suivi d'un r qui complique tout. Détachez d'abord th, puis roulez vers rough sans le f final.
clothes
Sonore, mais le th disparaît presque à l'oral courant : le mot sonne comme close. Le prononcer syllabe par syllabe s'entend immédiatement.
southern
Sonore, à l'inverse de south qui est sourd. Le même déplacement se produit dans northern face à north.
anything
Sourd, deux fois de suite si vous enchaînez avything else. Utile parce que le mot revient sans arrêt en réunion.
thirty
Sourd, et à opposer à dirty dans les exercices : c'est la paire qui révèle le plus vite une langue trop en arrière.
Thames, Thomas, Thai
Ni l'un ni l'autre. Le th s'y prononce comme un simple t. Ces exceptions sont peu nombreuses, mais elles apparaissent dans des noms propres fréquents.

Les enchaînements où le th se perd

Un th isolé s'obtient vite. Un th coincé entre deux autres consonnes est une autre affaire, et c'est là que la plupart des apprenants abandonnent le geste correct pour glisser vers un s. Le groupe le plus redouté est months : trois consonnes à la suite, n, th, s. La solution courante consiste à alléger, et beaucoup d'anglophones disent quelque chose de proche de munts.

Même mécanique dans sixths ou clothes. Personne n'articule ces mots avec la précision d'un dictionnaire, et chercher à le faire produit un débit haché. L'objectif est de placer la langue au bon endroit quand le son porte de l'information, et de laisser le reste se fondre.

La liaison entre deux mots change aussi la donne. Dans with them, le th sonore final s'enchaîne directement au th sonore initial : un seul frottement tenu suffit. Dans both the girls, le th sourd de both et le th sonore de the se succèdent, et la vibration s'installe en cours de route.

Enfin, les mots grammaticaux à th se réduisent dans la chaîne parlée, comme la plupart des petits mots anglais. Them devient souvent 'em après un verbe : give 'em a call. Cette réduction n'est pas de la négligence, elle appartient au registre oral normal, et elle fonctionne main dans la main avec le schwa qui absorbe les syllabes faibles.

Ce qu'on entend quand le th devient s ou z

La substitution ne gêne pas toujours. Souvent, l'interlocuteur reconstitue le mot sans même remarquer l'écart, parce qu'aucun autre candidat ne convient dans la phrase. Mais certaines paires sont réellement ambiguës, et elles reviennent dans des contextes professionnels.

Les cas ci-dessous valent la peine d'être travaillés en premier. Ce sont ceux où le mot concurrent existe, est fréquent, et tient dans la même phrase.

Ce que vous voulez dire, ce que l'autre entend

À gauche, la version où la langue reste derrière les dents. À droite, celle où elle vient les toucher.

  • I sink we should wait.

    I think we should wait.

    Sink et think sont tous deux des verbes courants. La phrase reste grammaticale dans les deux cas, donc rien n'alerte l'interlocuteur.

  • It's worse than I sought.

    It's worse than I thought.

    Sought, prétérit de seek, existe et s'emploie. L'auditeur hésite une fraction de seconde, et cette hésitation coûte plus que l'erreur.

  • Take a deep breeze.

    Take a deep breath.

    Breath, breathe et breeze forment un trio serré. Le th sourd du nom et le th sonore du verbe se distinguent aussi par la longueur de la voyelle.

  • Zis is ze second point.

    This is the second point.

    Aucun malentendu ici, mais c'est le marqueur d'accent français le plus immédiatement identifiable, et il apparaît plusieurs fois par phrase.

  • We met on the sird floor.

    We met on the third floor.

    Les ordinaux à th reviennent dans toutes les indications pratiques : étages, dates, numéros. Une seule série à sécuriser couvre beaucoup de situations.

Pourquoi ce son se corrige mieux tard que tôt

Il existe une raison de ne pas s'acharner sur le th en début d'apprentissage. Tant que la grammaire et le vocabulaire demandent de l'attention, la bouche fait au plus économique, et le geste correct cède dès que la phrase se complique. Le th tient dans un mot isolé et s'effondre dans un paragraphe.

À un niveau où les phrases se construisent sans effort conscient, l'attention se libère et peut aller ailleurs. C'est le moment où un point de prononciation devient rentable, et c'est aussi la logique de la progression palier par palier : chaque niveau libère la place mentale du suivant.

Reste une chose que ni un miroir ni un article ne fournissent. Vous ne pouvez pas entendre votre propre th comme un interlocuteur l'entend, parce que votre oreille corrige automatiquement ce que votre bouche vient de produire. Il faut quelqu'un en face, qui redemande, ou qui ne redemande pas.

C'est peut-être l'aspect le plus curieux de ce son : il ne s'attrape pas en le comprenant. Samia savait très bien, en théorie, qu'il fallait avancer la langue. Elle a commencé à le faire le jour où un collègue lui a dit « sorry, sink or think? », et où elle a eu envie que la question ne revienne pas.

Questions fréquentes

Comment prononcer le th anglais quand on est francophone ?

La pointe de la langue vient toucher le bord des incisives supérieures, ou se glisse légèrement entre les dents, et l'air passe en frottant sans jamais s'interrompre. Le français ne possède pas ce son, ce qui explique le réflexe de le remplacer par s ou z. Le contrôle le plus efficace est visuel : devant un miroir, la pointe de la langue doit être visible sur un mot comme think. Si elle ne l'est pas, le son produit n'est pas un th.

Quelle est la différence entre le th de think et celui de this ?

La position de la langue est exactement la même. Seules les cordes vocales changent : elles ne vibrent pas dans think, son dit sourd, et elles vibrent dans this, son dit sonore. Pour le vérifier, posez deux doigts sur votre gorge et tenez le son longuement dans chaque mot. C'est la même opposition qu'entre s et z en français, appliquée à une autre position de langue.

Comment savoir si un th se prononce sourd ou sonore ?

Les mots grammaticaux très fréquents prennent le son sonore : the, this, that, they, them, then, there, though. Les noms, adjectifs, verbes et nombres prennent le plus souvent le son sourd : thing, thick, three, month, mouth, health. Entre deux voyelles à l'intérieur d'un mot, le son est généralement sonore, comme dans mother ou weather. Quelques paires s'apprennent à part, notamment breath et breathe, ou bath et bathe.

Est-ce grave de prononcer le th comme un s ou un z ?

Dans la plupart des phrases, l'interlocuteur reconstitue le mot sans effort et l'échange se poursuit. Certaines paires restent toutefois ambiguës parce que les deux mots existent et fonctionnent dans le même contexte : think et sink, thought et sought, breath et breeze. Ce sont celles-là qu'il vaut la peine de travailler en premier. Pour le reste, l'enjeu tient davantage au confort d'écoute de votre interlocuteur qu'à la compréhension.

Y a-t-il des mots où le th ne se prononce pas comme un th ?

Oui, mais ils sont peu nombreux. Dans Thomas, Thames ou Thailand, le th se prononce comme un simple t. Dans clothes, le th s'efface presque complètement à l'oral courant, et le mot sonne très proche de close. Enfin, dans des groupes de consonnes serrés comme months ou sixths, les anglophones eux-mêmes allègent l'articulation plutôt que de tout prononcer.

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