Les trois conditionnels, et le quatrième dont personne ne parle

If you had told me, I would have come. Deux propositions, deux temps différents, et une logique qui se tient une fois qu'on a vu ce qu'elle mesure. Ce n'est pas le degré de politesse ni le futur : c'est la distance entre la phrase et le réel.

Berlitz FranceGrammaire7 minutes de lecture

Table de cuisine le soir, un cahier ouvert couvert de notes manuscrites, un crayon, une tasse de thé et une fenêtre sombre à l'arrière-plan.
La révision du soir, huit jours avant l'examen : le moment où l'on ne veut pas une explication de plus, mais une règle qui tient.

Léa révise dans sa cuisine, un jeudi soir, un examen dans huit jours. Elle a devant elle la liste des trois conditionnels, recopiée trois fois depuis le lycée. Type 1, futur. Type 2, hypothèse. Type 3, passé. Elle la connaît par cœur et elle continue de se tromper.

Le problème apparaît sur une phrase toute simple : elle veut dire qu'elle serait déjà partie si elle avait fini son travail. Le si porte sur hier, le résultat porte sur maintenant. Aucun des trois types de sa liste ne correspond, parce que les trois types supposent que les deux moitiés de la phrase regardent le même moment.

Ce n'est pas la liste qui est fausse. C'est qu'elle décrit trois combinaisons fréquentes, présentées comme si elles étaient les seules. Les deux moitiés se règlent séparément, et dès qu'on l'a compris, la quatrième forme, celle des conditionnels mixtes, cesse d'être une exception à mémoriser.

Reprenons donc par ce que mesure vraiment le choix du temps.

L'essentiel

  • En anglais, la proposition en if ne porte pas de will : on dit if it rains, we'll stay in, et non if it will rain. Le futur se marque une seule fois, dans l'autre moitié de la phrase.
  • Le passé grammatical du deuxième conditionnel (if I had more time) n'indique pas le passé mais l'écart avec le réel ; le past perfect du troisième (if I had known) indique un passé qui n'a pas eu lieu.
  • Les deux moitiés de la phrase se choisissent indépendamment l'une de l'autre, ce qui produit les formes mixtes du type if I had studied medicine, I would be a doctor now.

Ce que le temps verbal mesure vraiment

Dans une phrase conditionnelle anglaise, le temps de la proposition en if ne situe pas l'action dans le calendrier. Il indique à quelle distance du réel la phrase se place. C'est la seule idée à tenir, et elle explique pourquoi un prétérit peut parler d'aujourd'hui.

Comparez if I have time, I'll call you et if I had time, I'd call you. La première laisse la porte ouverte : le temps, je l'aurai peut-être. La seconde la ferme : je n'ai pas le temps, et je le dis en reculant d'un cran dans les temps verbaux. Rien n'a changé dans le moment dont on parle, dans les deux cas c'est aujourd'hui.

Ce recul d'un cran porte un nom en grammaire anglaise, le backshift, et il fonctionne comme un marqueur d'irréel. Un cran en arrière depuis le présent (had, were, knew) et l'on obtient une hypothèse contraire aux faits présents. Deux crans (had had, had been, had known) et l'on obtient un passé qui ne s'est pas produit.

D'où une conséquence que beaucoup de listes passent sous silence : le nombre de crans se choisit pour chaque moitié de la phrase. La moitié en if décrit une condition, l'autre décrit son résultat, et rien n'oblige les deux à viser le même moment.

Les trois combinaisons que tout le monde apprend

Restent les trois formes canoniques, qui couvrent l'essentiel de ce qu'on dit dans une journée. Elles méritent d'être posées proprement, avec leur point de vigilance respectif, avant d'aller vers ce qu'elles ne couvrent pas.

Le zéro conditionnel se distingue des autres parce qu'il n'exprime aucune hypothèse. Deux présents, une vérité générale, et if s'y remplace presque toujours par when sans changer le sens : if you heat water to 100 degrees, it boils. On l'emploie aussi pour les consignes et les procédures, ce qui en fait la forme la plus courante dans une documentation technique.

Zéro : if + présent, présent
Une conséquence automatique, une règle, une consigne. If the light goes red, you press this button. Aucune incertitude n'est en jeu.
Type 1 : if + présent, will + infinitif
Une condition réelle et son résultat futur. If she signs today, we'll start on Monday. Le présent en if vaut pour l'avenir, et may, might, can ou l'impératif remplacent will selon le degré de certitude : if you finish early, come and find me.
Type 2 : if + prétérit, would + infinitif
Une situation présente contraire aux faits, ou une éventualité peu probable. If I lived closer, I'd walk to work. Le prétérit ne renvoie pas au passé, il marque l'écart.
Type 3 : if + past perfect, would have + participe passé
Un passé qui n'a pas eu lieu et son résultat, lui aussi passé. If they had left earlier, they wouldn't have missed the flight. C'est la forme du regret et du reproche.
Mixte : les deux moitiés à des moments différents
Condition passée, résultat présent, ou l'inverse. If I hadn't taken that job, I wouldn't be here today.

Le quatrième cas : quand les deux moitiés ne visent pas le même moment

Reprenons la phrase de Léa. La condition regarde hier, if I had finished my work. Le résultat regarde maintenant, I would be at home. Assemblez les deux et vous obtenez if I had finished my work, I would be at home now, qui n'est ni un type deux ni un type trois mais les deux moitiés de chacun.

Cette combinaison est la plus utile des deux formes mixtes, parce qu'elle dit une chose qu'on veut dire souvent : une décision ancienne, une situation actuelle qui en découle. If she had accepted the offer, she would be living in Dublin. Notez le would be living, qui installe le résultat dans le présent aussi nettement qu'un now.

L'inverse existe et se rencontre moins, mais il n'a rien d'exotique. Condition permanente, résultat passé : if he weren't so stubborn, he would have apologised weeks ago. On comprend que l'entêtement dure encore, et que les excuses n'ont pas eu lieu.

Aucune liste à mémoriser ici. Vous choisissez le nombre de crans pour la condition, puis pour le résultat, et la phrase se forme d'elle-même. Les deux moitiés du conditionnel obéissent d'ailleurs à la même mécanique de recul que celle qui gouverne la concordance des temps dans le discours rapporté, ce qui rend le second point plus simple quand on a bien vu le premier.

Les erreurs qui reviennent le plus souvent

Une seule erreur suffit à faire basculer une phrase juste dans le faux, et ce sont presque toujours les mêmes qui reviennent en correction. Trois viennent du français, une vient de l'anglais lui-même.

La plus tenace est le will après if. En français, on dit volontiers « si j'aurai le temps » en pensée avant de se corriger ; en anglais, le futur ne se marque qu'une fois, dans la proposition résultat. Il existe un if + will bien réel, mais il exprime une volonté ou une insistance (if you will follow me, please), et ce n'est pas le futur.

Vient ensuite la contraction 'd, qui recouvre would et had. If I'd known se lit if I had known, tandis que I'd tell you se lit I would tell you. À l'oral la confusion passe, à l'écrit elle produit des phrases comme if I would have known, qu'on entend dans certains parlers mais qui ne passe ni dans un examen ni dans un rapport.

Dernier point, le if I were. La forme were à toutes les personnes est un reste de subjonctif, standard et attendue à l'écrit : if I were you, I'd wait. Was s'entend partout à l'oral et ne choquera personne dans une conversation, mais were reste le choix sûr dès qu'on rédige.

Six phrases à corriger

Les formulations de gauche s'entendent régulièrement dans la bouche de francophones avancés ; celles de droite sont ce qu'un correcteur attend.

  • If it will rain tomorrow, we will cancel.

    If it rains tomorrow, we'll cancel.

    Le futur se marque une seule fois, dans la proposition résultat. Le présent en if suffit à parler de demain.

  • If I would have known, I would have told you.

    If I had known, I would have told you.

    La condition passée irréelle prend le past perfect. Le would appartient à l'autre moitié de la phrase.

  • If I would be rich, I would buy that house.

    If I were rich, I'd buy that house.

    Le type deux demande un prétérit en if, et were plutôt que was à l'écrit, quelle que soit la personne.

  • If you would need anything, call me.

    If you need anything, call me.

    La condition est réelle et ouverte : présent simple. Le would n'ajoute ici qu'une lourdeur.

  • If she had asked me, I would have said yes yesterday.

    If she had asked me, I would have said yes.

    Le would have place déjà le résultat dans le passé. Le repère temporel n'est utile que s'il change le moment visé.

  • If I hadn't missed the train, I would have been here now.

    If I hadn't missed the train, I'd be here now.

    Le résultat est présent, la condition passée : c'est un mixte. Would be, et non would have been.

Ce que les conditionnels partagent avec les autres formes de l'irréel

If n'a pas le monopole de la condition. Unless remplace if not et se construit de la même façon : unless you book now, there won't be any seats left. Attention toutefois, unless ne s'emploie pas dans les phrases de type trois quand on parle d'un regret, où if not reste plus naturel.

D'autres connecteurs suivent la même logique de recul : as long as, provided that, in case, on condition that. Tous prennent le présent pour une condition réelle, tous acceptent le prétérit pour une hypothèse. Provided that everyone agrees, we'll go ahead. Suppose you lost your passport, what would you do ?

L'anglais soutenu supprime aussi le if par inversion, procédé fréquent à l'écrit formel et dans la correspondance professionnelle. Had I known, I would have acted differently. Were I in your position, I would decline. Should you need assistance, please contact us. La construction est simple, l'auxiliaire passe devant le sujet, et elle donne immédiatement une tenue plus formelle à la phrase.

Reste enfin toute une famille de formes qui utilisent le même recul d'un cran sans passer par une condition : les regrets en I wish et if only, les reproches en should have, les hypothèses en it's time you. C'est le même mécanisme appliqué ailleurs, et c'est souvent en le rencontrant une deuxième fois qu'on cesse de le confondre avec du passé.

Vérifier que la mécanique est acquise

Un test tient en deux questions. Prenez n'importe quelle phrase conditionnelle et demandez-vous, d'abord, si la condition est ouverte ou fermée ; ensuite, à quel moment se situe le résultat. Si vous répondez aux deux, la forme est déjà décidée.

L'entraînement le plus rentable consiste à prendre une phrase de type deux et à la déplacer d'un cran : if I spoke Japanese, I'd apply for that post devient if I had spoken Japanese, I would have applied. Puis à casser la symétrie : if I had learnt Japanese at school, I'd be applying today. Trois phrases, une seule idée, et l'oreille finit par entendre la différence avant que la règle ne remonte.

Le reste se joue à l'oral, dans les moments où l'on n'a pas le temps de compter les crans. C'est là que la contraction 'd cesse d'être un piège et devient un réflexe, et là seulement.

Si vous voulez situer ce point parmi les autres et voir ce qui vient avant et après, la grammaire anglaise rangée par niveau donne l'ordre dans lequel ces constructions s'installent habituellement.

Questions fréquentes

Peut-on mettre will après if en anglais ?

Pas pour exprimer le futur. Dans une phrase conditionnelle, le futur ne se marque que dans la proposition résultat : if the train is late, I'll send you a message. La proposition en if reste au présent, même quand elle parle de demain. Il existe un if you will bien attesté, mais il exprime une volonté ou une demande polie, comme dans if you will wait here a moment, et non un temps futur.

Quelle est la différence entre if I was et if I were ?

Les deux s'entendent, mais were est la forme standard à l'écrit et dans un registre soutenu : if I were you, I'd ask for a written contract. C'est un reste de subjonctif, invariable à toutes les personnes. Was est très courant à l'oral et dans un anglais familier, surtout en Grande-Bretagne, et ne sera pas perçu comme une faute dans une conversation. Dans un examen ou un document professionnel, choisissez were.

Qu'est-ce qu'un conditionnel mixte ?

C'est une phrase dont la condition et le résultat ne se situent pas au même moment. Le cas le plus fréquent associe une condition passée et un résultat présent : if I hadn't changed jobs, I would still be in Lyon. L'inverse existe aussi, avec une condition permanente et un résultat passé : if he weren't so cautious, he would have signed last week. Il n'y a pas de nouvelle règle à apprendre, seulement deux moitiés qu'on choisit séparément.

Comment traduire « si j'avais su » en anglais ?

If I had known, ou sa contraction if I'd known. La condition passée irréelle prend toujours le past perfect, jamais would have : la forme if I would have known s'entend dans certains parlers mais n'est pas acceptée à l'écrit. Le résultat, lui, prend would have suivi du participe passé si lui aussi est passé, comme dans if I'd known, I would have called you.

Peut-on commencer une phrase conditionnelle sans if ?

Oui, par inversion de l'auxiliaire, dans un registre formel. Had I known, I would have acted sooner. Were she available, we would invite her. Should you have any questions, do let me know. La construction se limite en pratique à had, were et should, et elle est très fréquente dans la correspondance professionnelle écrite.

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