Camille prépare une présentation pour un comité à Londres. Elle veut dire que le rapport a été relu par le service juridique, qu'elle n'a pas relu elle-même, et qu'elle n'a pas envie de nommer qui l'a fait. Elle écrit : « I relooked the report with the legal team. » Puis elle efface. Elle écrit : « The legal team has read the report. » Elle efface encore, parce que ce n'est pas le sujet de sa phrase, le sujet c'est le rapport, et c'est elle qui répond de lui.
Ce qu'elle cherche existe, et tient en quatre mots : « I had the report reviewed. »
Cette structure porte un nom peu séduisant, le causatif, et une utilité immédiate. Elle sert à dire qu'une action a été faite pour vous, sur votre demande, par quelqu'un dont l'identité n'importe pas. Le garagiste, le coiffeur, le service juridique, le prestataire. En français on tourne cela avec « faire » suivi d'un infinitif, et cette différence d'architecture est exactement là où les phrases dérapent.
Une fois la mécanique en place, elle se réutilise partout : au travail, chez le médecin, à l'aéroport, dans une conversation sur la maison qu'on rénove.
L'essentiel
- Have something done place l'objet avant le participe passé : le sujet de la phrase commande l'action, il ne l'exécute pas. « I had my passport renewed » signifie que quelqu'un d'autre l'a renouvelé pour moi.
- Have someone do something, avec un infinitif sans to, sert quand on nomme l'exécutant : « I had the technician check the alarm ». Get remplace have dans un registre plus familier, et suggère souvent un effort pour obtenir l'action.
- La même construction, hors de tout contrôle du sujet, exprime un événement subi : « She had her bike stolen » ne veut pas dire qu'elle a commandé le vol.
L'ordre des mots fait tout le sens
La structure canonique compte trois éléments dans un ordre non négociable : have, puis l'objet, puis le participe passé. « We had the kitchen repainted last spring. » L'objet, ici the kitchen, se glisse entre l'auxiliaire et le verbe, et c'est ce placement qui indique que le sujet n'a pas tenu le pinceau.
Comparez avec « We repainted the kitchen ». La même information sur la cuisine, une information radicalement différente sur nous. La première phrase parle d'un devis et d'un artisan, la seconde d'un week-end et de courbatures. L'anglais tranche entre les deux sans ajouter un seul mot explicatif.
Have se conjugue normalement, à tous les temps, y compris aux formes composées et modales. « I'm having my eyes tested tomorrow. » « She has had her contract translated. » « You should have that tooth looked at. » Le participe passé, lui, ne bouge jamais : il reste invariable, quel que soit le temps de have.
Attention au piège de la négation et de la question, où beaucoup d'apprenants remettent have en position d'auxiliaire. On dit « Did you have the car serviced? » et non « Had you the car serviced? », parce que ce have-là est un verbe ordinaire, pas l'auxiliaire du present perfect. La même logique donne « I didn't have the documents notarised. »
Deux variantes selon qu'on nomme l'exécutant ou non
Quand la personne qui agit compte dans le récit, l'anglais bascule sur une autre construction : have someone do something, avec un infinitif sans to. « I had my assistant book the room. » « The manager had us sign the new policy. » Ici l'objet n'est plus la chose mais la personne, et le verbe qui suit est nu.
L'oubli du to est une erreur fréquente dans l'autre sens : on entend « I had him to call back », par contamination avec ask ou tell. Retenez que have, comme make et let, se construit sans to. Get, en revanche, exige le to : « I got my brother to help me move. » C'est une bizarrerie sans logique apparente, à apprendre telle quelle.
Le passif de cette forme personnelle existe aussi, avec un participe présent quand on veut souligner la durée ou le processus : « She had the students working in pairs within two minutes. » Cette variante en -ing est moins courante mais parfaitement idiomatique, et elle décrit une activité mise en route plutôt qu'une tâche accomplie.
Reste le cas de have someone doing something au sens de « supporter que », presque toujours au négatif : « I won't have you speaking to her like that. » Le sens glisse vers l'interdiction. C'est un usage un peu ferme, plutôt écrit ou théâtral, qu'on reconnaît plus souvent qu'on ne le produit.
Have ou get, ce que le choix ajoute
Get remplace have dans la structure causative sans rien changer à la grammaire : get, objet, participe passé. « I need to get my laptop fixed. » Les deux verbes sont interchangeables dans une immense majorité de contextes, et c'est le registre qui départage.
Get sonne plus familier, plus oral, plus américain aussi. Il porte souvent une idée d'effort, de démarche à accomplir, parfois de difficulté surmontée. « It took me three weeks to get the visa approved » raconte une petite bataille administrative. Avec had, la même phrase serait plus neutre, presque comptable.
Get s'impose dans les constructions à l'impératif et dans les tournures de recommandation pressante. « Get that checked out. » « We need to get this sorted before Friday. » Have y paraîtrait guindé. À l'inverse, dans un compte rendu écrit ou un contrat, have tient mieux la ligne.
Une nuance utile en réunion : get suggère que l'obtention de l'action fait partie du travail. « I'll get the figures verified » laisse entendre que vous allez relancer quelqu'un. « I'll have the figures verified » présente la chose comme réglée d'avance.
- Un service payé
- « We had the office windows cleaned on Saturday. » Le prestataire n'apparaît pas parce qu'il n'ajoute rien.
- Une démarche obtenue de haute lutte
- « I finally got my deposit refunded. » Get et l'adverbe portent ensemble l'idée d'insistance.
- Une consigne donnée à une personne nommée
- « The director had the intern reprint every copy. » Objet personne, infinitif sans to.
- Un conseil médical ou technique
- « You should get that cough looked at. » L'impératif atténué passe mieux avec get.
- Un incident subi
- « He had his phone stolen on the metro. » Aucune intention de sa part, la structure reste la même.
- Un projet en cours
- « We're having the archives digitised this year. » Have à la forme progressive, participe passé invariable.
Le causatif subi, celui qu'on comprend de travers
« She had her wallet stolen. » Personne ne pense que cette femme a commandé le vol de son portefeuille, et pourtant la phrase est bâtie exactement comme « She had her hair cut ». Même verbe, même ordre, sens opposé quant à la volonté.
Ce qui départage, c'est le contexte et le sens du verbe. Stolen, broken, damaged, cancelled, rejected décrivent des choses qu'on ne demande pas. Cut, cleaned, delivered, translated, installed décrivent des services. L'anglais laisse le lecteur trancher, et il tranche sans hésiter.
Ce causatif subi est très employé pour raconter un désagrément, notamment en voyage : « We had our flight cancelled twice. » « They had their luggage searched at customs. » La tournure met le sujet au centre de son propre malheur, ce qui est souvent le point du récit.
Un détail à connaître : dans ce sens involontaire, have est nettement préféré à get. « I got my car broken into » s'entend, mais reste marqué comme très familier. Pour un compte rendu ou une réclamation écrite, have est le choix sûr.
Ce que le français fait dire à côté
Le français dit « faire réparer », « faire traduire », « se faire couper les cheveux ». Trois structures qui poussent vers make, vers un réflexif, ou vers un possessif mal placé. Aucune ne fonctionne en anglais, et ce sont les erreurs les plus tenaces à ce palier.
Make suivi d'un infinitif existe bien, mais il signifie contraindre : « She made me apologise » veut dire qu'elle m'a forcé. Le glissement vers « I made repair my car » n'est pas seulement faux grammaticalement, il projette une autorité qui n'a rien à faire dans une histoire de garage.
Le pronom réflexif est l'autre fausse piste. « I cut myself » signifie que vous vous êtes blessé, et non que vous êtes passé chez le coiffeur. Pour le coiffeur, c'est « I had my hair cut ». La différence entre les deux phrases est de l'ordre du sang versé, ce qui devrait aider à la retenir.
Ce qu'on veut dire, ce qui se dit
Quatre calques courants, et la version qui passe en réunion comme au comptoir.
I made translate the contract.
I had the contract translated.
Make ne construit pas de causatif passif. Have suivi de l'objet puis du participe passé est la seule tournure disponible.
I cut my hair yesterday.
I had my hair cut yesterday.
Sans have, la phrase dit que vous avez tenu les ciseaux vous-même. Le participe passé après l'objet rend la délégation.
I had him to send the file.
I had him send the file.
Have suivi d'une personne prend l'infinitif nu. Le to n'apparaît qu'avec get : I got him to send the file.
Had you your visa renewed?
Did you have your visa renewed?
Ce have est un verbe lexical, pas un auxiliaire. La question et la négation passent donc par do.
Pourquoi cette structure revient si souvent au travail
Dans les échanges professionnels, une bonne part de ce qu'on décrit n'a pas été fait par soi. On a fait vérifier, fait valider, fait envoyer. Le causatif dit cela en gardant le locuteur comme sujet, donc comme responsable, sans revendiquer l'exécution. C'est une forme discrète de reddition de comptes.
Il partage ce terrain avec le passif, et les deux se répartissent le travail. « The report was reviewed » efface complètement qui l'a commandé. « I had the report reviewed » garde la commande visible et efface l'exécutant. Selon ce que vous voulez laisser dans l'ombre, vous choisissez l'un ou l'autre, et cette parenté avec le passif anglais explique pourquoi les deux points s'apprennent bien ensemble.
En réunion, la structure sert aussi à répartir des tâches sans donner d'ordre direct, ce qui est précieux quand la relation hiérarchique n'est pas la même qu'en France. « Could we get this signed off by Thursday? » n'assigne personne et pose une échéance. Le flou est délibéré.
Reste la question du rythme. Le causatif s'entend souvent contracté à l'oral, où had et have se réduisent presque à rien : « I'd had it looked at », « we've had them delivered ». La reconnaissance à l'écoute demande un peu d'entraînement, et c'est un bon indicateur de progression : le jour où vous entendez ces formes sans y penser, la grammaire du palier suivant devient nettement plus abordable.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre « have something done » et « get something done » ?
La grammaire est identique : verbe, objet, participe passé. Le registre diffère. Get est plus familier, plus fréquent à l'oral et souvent porteur d'une idée d'effort ou de démarche à obtenir, comme dans « I finally got the invoice corrected ». Have reste le choix neutre, préférable à l'écrit professionnel. Pour parler d'un incident subi, have est nettement plus sûr que get.
Pourquoi dit-on « I had my hair cut » et pas « I cut my hair » ?
Parce que « I cut my hair » signifie que vous avez coupé vos cheveux vous-même, avec vos propres ciseaux. La structure causative, avec have suivi de l'objet puis du participe passé, indique que quelqu'un d'autre a effectué l'action pour vous, sur votre demande. Le même contraste vaut pour « I fixed my car » et « I had my car fixed ».
Faut-il mettre to après have dans le causatif ?
Non. Have suivi d'une personne prend un infinitif sans to : « I had the plumber check the boiler. » Get, en revanche, exige le to : « I got the plumber to check the boiler. » C'est une irrégularité qu'il faut mémoriser, elle ne se déduit de rien. Dans la forme avec participe passé, la question ne se pose pas : « I had the boiler checked. »
Comment dire « je me suis fait voler mon téléphone » en anglais ?
« I had my phone stolen. » La construction est exactement celle du causatif volontaire, mais le sens du verbe rend l'intention impossible, donc personne ne s'y trompe. Cette tournure est très utilisée pour raconter un désagrément, notamment en voyage : « We had our flight cancelled », « They had their bags searched ».
À quel niveau ce point est-il attendu ?
Le causatif est généralement travaillé au palier B1.3 du cadre européen, une fois le passif simple et les temps composés en place. Il suppose de savoir former un participe passé sans hésiter et de reconnaître un objet dans une phrase. Les formes contractées à l'oral, elles, continuent de se consolider aux paliers suivants.
Pour aller plus loin
- La grammaire anglaise, niveau par niveauLes points de grammaire rangés par palier, du présent simple aux structures avancées. Utile pour situer ce que vous maîtrisez déjà.
- La voix passive anglaiseLe voisin direct du causatif : même façon d'effacer l'exécutant, choix différent sur qui reste sujet.
- Le discours rapportéLa concordance des temps quand on rapporte les paroles d'un autre, avec les décalages qui ne se devinent pas.
- Le test de niveauUn repère pour savoir où vous en êtes sur l'échelle des dix niveaux, et quels points de grammaire viennent ensuite.
Dans le dossier Ressources
- ConjugaisonLes verbes irréguliers anglais, classés par sonoritéRangés par ordre alphabétique, ils sont deux cents cas particuliers. Rangés par la façon dont ils sonnent, ils forment une petite dizaine de familles, et la plupart s'apprennent par groupes entiers.
- GrammaireLa grammaire anglaise, niveau par niveauOn révise rarement la grammaire dans l'ordre. On révise le point qui a fait trébucher hier, puis un autre, sans savoir s'il fallait le savoir déjà. Cette page range les règles par palier, pour que vous sachiez ce qui vous attend et ce qui peut patienter.
- ConjugaisonLe présent simple et le présent en -ing, et lequel choisirL'anglais a deux présents là où le français en a un. Ce n'est pas une subtilité de style : choisir l'un ou l'autre change ce que la phrase raconte. Voici la frontière, et les cas où elle se déplace.
