Anglais britannique et américain : orthographe, mots, ponctuation

Deux variantes, une même langue, et une quantité de petits arbitrages qui se voient à l'écrit. Savoir lesquels comptent vraiment, et lesquels sont des légendes de salle de classe, fait partie de ce qu'on attend d'un niveau avancé.

Berlitz FranceVocabulaire7 minutes de lecture

Sur un bureau en bois éclairé par une lampe, un dictionnaire ouvert et des pages imprimées annotées, un stylo posé en travers et une tasse de thé un peu à l'écart.
Le choix d'une variante se fait souvent au moment de la relecture, quand il est encore possible de tout harmoniser.

Nawal relit un rapport de vingt pages, à onze heures du soir, avant de l'envoyer à un client de Manchester. Elle a écrit organise page 3, organized page 7, analyse page 11 et analyze page 14. Le correcteur automatique n'a rien signalé, puisque les quatre formes existent.

Ce n'est pas une faute d'orthographe. C'est une incohérence, ce qui se remarque davantage : un lecteur attentif comprend en trois pages que personne n'a arbitré. Nawal connaît la différence entre les deux variantes, elle la connaît depuis des années. Ce qu'elle n'a jamais fait, c'est choisir.

Et c'est à peu près là que se situe le vrai sujet. Les listes de mots circulent partout, lift contre elevator, colour contre color, et elles s'apprennent en une soirée. La question qui se pose à un niveau avancé est autre : quelles différences un lecteur natif remarque-t-il vraiment, et lesquelles peut-on ignorer sans que cela s'entende ?

L'essentiel

  • Les écarts d'orthographe suivent quelques familles régulières (-our/-or, -re/-er, -ise/-ize, doublement de la consonne finale) plutôt qu'une liste de mots à mémoriser au cas par cas.
  • Le vocabulaire divise surtout les domaines du quotidien matériel : transport, logement, vêtement, école, voiture. Le vocabulaire abstrait et technique, lui, est très largement commun aux deux variantes.
  • La grammaire diffère sur quelques points identifiables : accord des noms collectifs, present perfect contre passé simple avec just ou already, participes passés de get, prépositions de temps et de lieu.

L'orthographe suit des familles, pas des exceptions

La bonne nouvelle, quand on aborde ce point sérieusement, c'est qu'il n'y a presque rien à apprendre par cœur. Les divergences orthographiques se rangent en une poignée de séries régulières, héritées pour l'essentiel des réformes proposées par les lexicographes américains du dix-neuvième siècle. Une fois la série repérée, elle s'applique à tous ses membres.

La série la plus visible est celle des mots en -our côté britannique, -or côté américain : colour, favour, behaviour, honour deviennent color, favor, behavior, honor. Vient ensuite -re contre -er : centre, theatre, litre, fibre passent à center, theater, liter, fiber. Attention toutefois, acre et mediocre ne bougent pas, dans aucune des deux variantes.

Le doublement de la consonne finale devant un suffixe constitue la troisième série, et c'est celle qui piège le plus souvent. En anglais britannique, travel donne travelled, traveller, travelling ; cancel donne cancelled ; en anglais américain, on écrit traveled, traveler, traveling, canceled. La logique américaine ne double que si la dernière syllabe porte l'accent, ce qui explique que occurred et beginning s'écrivent pareil des deux côtés.

Restent quelques familles plus courtes mais fréquentes : -ce contre -se pour les noms (defence et licence contre defense et license), le -gue final qui tombe parfois (catalogue, dialogue restent, mais analogue devient volontiers analog en informatique), et les digrammes savants qui se simplifient (anaemia, oesophagus, encyclopaedia contre anemia, esophagus, encyclopedia).

-our contre -or
British neighbour, labour, rumour, endeavour ; American neighbor, labor, rumor, endeavor. Le dérivé peut trahir : le britannique écrit honour mais honorary.
-re contre -er
British metre, sombre, spectre, calibre ; American meter, somber, specter, caliber.
Consonne finale doublée
British labelled, modelling, marvellous, counsellor ; American labeled, modeling, marvelous, counselor.
-ise ou -ize
American organize, recognize, apologize sans exception. British accepte les deux, et certaines maisons d'édition britanniques préfèrent -ize.
-yse contre -yze
British analyse, paralyse, catalyse ; American analyze, paralyze, catalyze. Ce groupe-là ne connaît pas de variante britannique en -yze.
Nom en -ce, verbe en -se
British a practice / to practise, a licence / to license ; American practice et license pour les deux. Advice et advise, en revanche, se distinguent partout.

Ce qui passe pour une différence, et ce qui n'en est pas une

Quelques croyances tenaces circulent sur ce sujet. Les voici corrigées.

  • « Les Britanniques écrivent toujours -ise, les Américains -ize. »

    -ize est possible dans les deux variantes ; -ise est réservé au britannique.

    Le suffixe -ize est d'origine grecque et parfaitement britannique. C'est la seule règle du lot qui autorise deux formes du même côté.

  • « Programme est britannique, program est américain. »

    Program s'emploie partout pour l'informatique, même au Royaume-Uni.

    La distinction est sémantique autant que géographique : a television programme mais a computer program, dans un texte britannique.

  • « Whilst et amongst sont la norme au Royaume-Uni. »

    While et among dominent des deux côtés ; whilst et amongst sonnent formels ou datés.

    Les employer pour faire britannique produit l'effet inverse de celui recherché : le texte paraît guindé plutôt que local.

  • « Gotten est une faute. »

    Gotten est le participe passé américain standard de get.

    Il est absent de l'anglais britannique moderne (sauf dans ill-gotten), mais parfaitement correct aux États-Unis : she's gotten better.

Le vocabulaire divise le concret, pas l'abstrait

Les listes de faux amis transatlantiques donnent une impression trompeuse : celle de deux lexiques parallèles. En réalité, la divergence se concentre sur un domaine très identifiable, celui des objets et des lieux du quotidien matériel. Tout ce qui touche au transport, au logement, à l'habillement, à l'école et à la voiture a été nommé séparément de part et d'autre de l'Atlantique.

Le vocabulaire abstrait, lui, est commun. Consideration, framework, assessment, liability, threshold ne changent pas de forme selon la rive. Le vocabulaire technique non plus, dans l'immense majorité des cas. C'est pourquoi un rapport financier ou un article scientifique passe d'une variante à l'autre presque sans retouche lexicale, alors qu'un manuel de bricolage demande une traduction quasi complète.

Deux cas méritent une vigilance particulière parce qu'ils ne créent pas une incompréhension mais un malentendu. Le premier étage d'un immeuble britannique est the first floor, situé au-dessus de the ground floor ; aux États-Unis, the first floor est le rez-de-chaussée. Donner rendez-vous on the second floor n'a donc pas le même sens selon l'interlocuteur, et personne ne posera de question, ce qui est bien le problème.

Le second concerne les mots qui existent des deux côtés avec une charge différente. Quite good signifie plutôt « assez bon, sans plus » dans un usage britannique, et franchement « très bon » dans un usage américain. Pants désigne un pantalon aux États-Unis et des sous-vêtements au Royaume-Uni. Ces glissements ne se corrigent pas par une règle, seulement par l'exposition, et ils font partie de ce qu'on affine quand on travaille l'anglais avec un locuteur natif plutôt que sur une liste.

Les points de grammaire qui divergent réellement

Contrairement à l'orthographe, la grammaire ne diverge que sur une liste courte. Elle vaut la peine d'être connue précisément, parce que ces points apparaissent dans les épreuves d'examen et dans les relectures professionnelles.

L'accord des noms collectifs vient en premier. L'anglais britannique traite volontiers une équipe, un gouvernement, une entreprise comme un pluriel quand il pense aux membres : the team are playing well, Manchester United have signed a new striker. L'anglais américain accorde au singulier : the team is playing well. Les deux sont corrects dans leur variante, et le mélange dans un même paragraphe se voit.

Le present perfect constitue le deuxième point. Avec just, already et yet, l'usage britannique privilégie le present perfect : I've just seen her, Have you finished yet? L'usage américain admet largement le passé simple : I just saw her, Did you finish yet? Aucune des deux formes n'est fautive, mais un correcteur d'examen britannique attendra la première.

Restent des détails de prépositions et de constructions. On dit at the weekend au Royaume-Uni, on the weekend aux États-Unis ; different from ou different to côté britannique, different from ou different than côté américain. Le verbe write se construit directement avec son destinataire en américain (I'll write you tomorrow), là où le britannique intercale to. Et les participes de quelques verbes forts hésitent : learnt, dreamt, spelt, burnt sont courants au Royaume-Uni, learned, dreamed, spelled, burned partout.

La ponctuation, différence la plus discrète et la plus repérable

C'est le terrain où l'incohérence saute le plus aux yeux d'un relecteur professionnel, alors qu'elle passe complètement inaperçue pour l'auteur. Trois conventions se distinguent nettement.

La place du point par rapport aux guillemets fermants d'abord. L'usage américain place la virgule et le point à l'intérieur, systématiquement : she called it a "minor delay," which it wasn't. L'usage britannique les place à l'extérieur quand ils n'appartiennent pas à la citation : she called it a 'minor delay', which it wasn't. Les guillemets simples, d'ailleurs, sont plus fréquents dans l'édition britannique.

Les abréviations ensuite. Mr, Mrs, Dr, St s'écrivent sans point en usage britannique moderne, parce que la dernière lettre du mot abrégé est présente ; l'usage américain écrit Mr., Mrs., Dr. La logique britannique explique aussi pourquoi Prof. garde son point : le mot ne finit pas par un f.

Vient enfin la virgule dite d'Oxford, celle qui précède and dans une énumération : red, white, and blue. Elle est la norme dans une bonne partie de l'édition américaine et facultative au Royaume-Uni, où beaucoup de publications l'omettent. Le choix importe moins que sa constance sur l'ensemble du texte, et ces arbitrages se retrouvent en détail dans un traitement dédié de la ponctuation anglaise.

Les dates et les nombres relèvent du même chapitre pratique. 03/04 se lit 3 avril au Royaume-Uni, 4 mars aux États-Unis, ce qui suffit à faire manquer une réunion : écrire 3 April ou April 3 règle la question définitivement.

Choisir une variante et s'y tenir

La cohérence compte plus que le choix. Un texte entièrement américain et un texte entièrement britannique se lisent tous les deux sans friction ; un texte qui alterne donne l'impression d'avoir été assemblé à plusieurs mains, ou traduit à la hâte.

Le critère de décision est le lecteur, pas la préférence. Un dossier destiné à une institution européenne suivra plutôt l'usage britannique, qui reste la référence des documents anglophones produits sur le continent. Un texte pour un employeur américain, une revue nord-américaine ou un marché américain suivra l'autre. En cas de public mixte, tranchez une fois et notez votre choix quelque part.

Deux réglages matériels font ensuite presque tout le travail. Fixez la langue du document dans votre traitement de texte, English (UK) ou English (US), au lieu de laisser le réglage par défaut ; et vérifiez le même paramètre dans votre messagerie, qui est souvent réglée différemment. La majorité des incohérences comme celles de Nawal naissent de deux logiciels qui ne suivent pas la même norme.

Reste un point qu'aucun réglage ne détecte : l'orthographe des noms propres et des titres cités. Le nom d'une organisation ne s'adapte jamais à la variante du texte environnant. On écrit the World Health Organization avec un z dans un article britannique, et the Labour Party avec un u dans un article américain, parce que ce sont des noms, pas des mots.

Questions fréquentes

Faut-il écrire -ise ou -ize en anglais ?

L'anglais américain n'admet que -ize : organize, recognize, realize. L'anglais britannique accepte les deux, et plusieurs maisons d'édition britanniques de référence préfèrent même -ize, qui correspond à l'étymologie grecque du suffixe. Un petit groupe de verbes garde toutefois -ise partout, parce que la terminaison n'y est pas un suffixe : advertise, exercise, surprise, promise. Et le groupe en -yse (analyse, paralyse) reste en -yse côté britannique, avec z côté américain.

Quelle variante d'anglais choisir pour un examen ou un CV ?

Celle du destinataire. Un recruteur londonien, une université britannique ou une institution européenne s'attendent plutôt à l'usage britannique ; une entreprise américaine à l'usage américain. Les examens internationaux acceptent les deux variantes à condition que le texte soit cohérent d'un bout à l'autre. C'est le mélange, et non le choix, qui coûte des points.

Gotten est-il correct en anglais ?

Oui, en anglais américain, où c'est le participe passé standard de get au sens de recevoir ou devenir : the weather has gotten worse. L'anglais britannique moderne emploie got dans ce cas (the weather has got worse) et ne conserve gotten que dans l'expression figée ill-gotten. Notez qu'aucune des deux variantes n'utilise gotten avec have au sens de posséder : on dit I've got a car partout.

Les accents britannique et américain sont-ils très différents à l'oral ?

Les écarts les plus systématiques concernent le r après voyelle, prononcé aux États-Unis et généralement muet dans l'accent britannique standard, ainsi que le a de mots comme bath ou dance et le t entre deux voyelles dans water ou better. Il faut surtout se rappeler qu'il n'existe pas un accent par pays mais des dizaines dans chacun, et que l'intelligibilité dépend davantage du rythme et des voyelles réduites que du choix d'une variante.

Comment savoir si un mot diffère entre les deux variantes ?

Les dictionnaires en ligne sérieux signalent la mention US ou UK à côté de l'entrée, et c'est le réflexe le plus fiable. À défaut, souvenez-vous que les écarts se concentrent sur le quotidien matériel : transport, logement, vêtement, école, voiture, alimentation. Si le mot est abstrait, technique ou juridique, il y a de fortes chances qu'il soit identique des deux côtés.

Pour aller plus loin

Dans le dossier Ressources

Vous savez repérer la variante.Reste à savoir où vous en êtes.

Le test de niveau situe votre anglais sur l'échelle en dix niveaux, et il est gratuit. C'est un repère de départ, pas un examen.