Camille a écrit son message en douze minutes. Elle passe ensuite vingt minutes sur la première ligne, hésite entre trois formules, en essaie une quatrième, revient à la première, et finit par écrire « Dear Sir or Madam » à une collègue de Manchester avec qui elle a déjeuné le mois dernier.
Le contenu était bon. La salutation vient de dire à sa lectrice qu'elles ne se connaissent pas, ce qui est faux, et que Camille écrit comme on écrivait en 1985, ce qui n'aide pas non plus. Ces quelques mots portent une information sur la relation, et ils la portent avant même qu'on ait lu le reste.
L'anglais professionnel écrit fonctionne par blocs réemployables. On ne les improvise pas, on les choisit. Encore faut-il savoir lequel correspond à quelle situation.
L'essentiel
- La salutation se choisit selon ce qu'on sait du destinataire : « Dear + prénom » pour un premier contact professionnel, « Hi + prénom » entre collègues, « Dear Ms Okafor » quand on ne connaît que le nom, et « Dear Sir or Madam » réservé aux cas où l'on n'a vraiment aucun nom.
- « I hope this email finds you well » est correct mais usé ; une phrase qui rappelle le contexte réel de l'échange (« Following our call on Tuesday… ») situe le message plus vite et rend la suite lisible.
- Les clôtures se hiérarchisent : « Kind regards » convient presque partout, « Best regards » et « Best » sont plus courants côté américain, « Yours sincerely » et « Yours faithfully » appartiennent au registre formel britannique et obéissent chacun à un cas précis.
Choisir la salutation d'après ce que vous savez du destinataire
Le seul critère qui compte est le degré de familiarité, et il se mesure à trois questions : est-ce que je connais son prénom, est-ce que nous avons déjà échangé, et à quel point le contexte est-il formel. Un cabinet d'avocats de la City et une start-up de Bristol n'attendent pas la même chose, mais la logique de sélection reste la même.
Le point qui surprend le plus les francophones, c'est la place du prénom. « Dear Sarah » n'a rien de familier en anglais professionnel : c'est le degré standard d'un premier message à quelqu'un qu'on vous a présenté, ou dont vous avez trouvé le nom sur un site. Écrire « Dear Mrs Sarah » ou « Dear Miss Chen » relève au contraire de l'erreur, la première parce qu'on n'accole pas un titre à un prénom, la seconde parce que « Miss » signale un état civil dont personne n'a besoin au travail. « Ms » est le titre neutre par défaut pour une femme.
L'autre écueil est la ponctuation. En anglais britannique, on écrit couramment « Dear Ms Okafor » sans point après « Ms », et on termine par une virgule. En anglais américain, le point apparaît (« Dear Ms. Okafor ») et une lettre très formelle peut prendre deux-points. Personne ne vous en tiendra rigueur, mais la cohérence à l'intérieur d'un même message se remarque.
Reste le cas de la réponse. Si votre correspondant a signé « Tom » et ouvert par « Hi Camille », continuer avec « Dear Mr Bradley » crée une distance que vous n'aviez pas l'intention de créer. On s'aligne, presque toujours, sur le registre proposé par l'autre.
Les salutations, de la plus formelle à la plus détendue
- Dear Sir or Madam,
- Uniquement quand vous n'avez aucun nom : une candidature envoyée à une boîte générique, une réclamation à un service. Cherchez d'abord un nom, c'est presque toujours possible, et le message y gagne.
- Dear Ms Okafor, / Dear Dr Lambert,
- Vous connaissez le nom de famille mais pas la personne. Registre soutenu, adapté à un premier contact officiel, à une administration, à un client qu'on ne vous a pas présenté.
- Dear Sarah,
- Le standard du premier message professionnel dans la plupart des secteurs. Poli, sans raideur, parfaitement neutre. C'est la formule par défaut quand vous hésitez.
- Hello Sarah, / Hi Sarah,
- Entre collègues, avec un fournisseur habituel, dans un échange déjà entamé. « Hi » est très répandu, y compris vers des interlocuteurs seniors, dans beaucoup d'entreprises anglophones.
- Hi both, / Hi all, / Hi team,
- Pour écrire à plusieurs destinataires sans les énumérer. « Dear all » existe aussi, un cran au-dessus. Évitez « Dear Sirs », qui a vieilli et qui exclut.
- Sarah, (sans rien)
- Le prénom seul, suivi d'une virgule, ouvre un message court dans un fil déjà long. Employé dans le mauvais contexte, il peut sonner sec ; réservez-le aux échanges rapides.
Remplacer « J'espère que vous allez bien » par quelque chose qui informe
« I hope this email finds you well » n'est pas une faute. C'est une phrase correcte, comprise partout, et si vous n'avez rien d'autre, elle fera l'affaire. Son problème est qu'elle occupe la ligne la plus lue du message pour ne rien dire, alors que cette ligne pourrait rappeler qui vous êtes, d'où vient la demande, ou pourquoi votre lecteur devrait continuer.
La première phrase efficace fait l'une de ces trois choses : elle raccroche à un événement commun, elle annonce l'objet, ou elle nomme la personne qui vous envoie. « Following our call on Tuesday, here are the figures you asked for. » situe tout en une ligne. « I'm writing to ask whether… » annonce sans détour. « Marta Ruiz suggested I get in touch about the localisation project. » ouvre une porte que vous n'auriez pas ouverte seul.
Un mot sur le remerciement d'ouverture, très utile et sous-employé par les francophones. « Thanks for getting back to me so quickly. » ou « Thank you for taking the time to look at this. » commence le message par quelque chose qui appartient au lecteur, ce qui est toujours un bon calcul. Attention en revanche à « Thanks in advance », qui peut passer pour une manière d'acter la réponse avant de l'avoir obtenue.
Si vous tenez à la formule de politesse d'usage, gardez-la courte et mettez-la après l'accroche utile, pas avant.
Ce qu'on écrit spontanément, ce qui se lit mieux
Les formulations de gauche sont grammaticalement correctes. Celles de droite arrivent au même endroit en occupant moins de place, ce qui est l'essentiel du style écrit professionnel en anglais.
I hope this email finds you well. I am writing you concerning the report.
Following up on the report we discussed last week.
La deuxième version donne le contexte dès les premiers mots. On dit « writing to you about », jamais « writing you concerning ».
I would like to know if it is possible to have the file before Friday.
Could you send the file over by Friday?
La question directe est plus polie qu'elle n'en a l'air en anglais, et elle indique clairement ce que vous attendez.
I remain at your disposal for any further information.
Happy to go into more detail if that's useful.
Traduction littérale d'une formule française, « at your disposal » sonne daté et vaguement ambigu. La version courte fait le même travail.
I allow myself to remind you about my previous email.
Just circling back on my note from last Tuesday.
« I allow myself » n'existe pas en anglais. La relance se formule sans excuse : « just following up » ou « circling back » suffit.
Waiting for your answer, I thank you in advance.
Let me know either way, and thanks for your help.
« Waiting for your answer » se lit comme un reproche. « Either way » laisse au lecteur la possibilité de dire non, ce qui accélère souvent la réponse.
Demander, relancer, refuser sans se durcir
Les demandes sont l'endroit où le français, en cherchant la politesse, produit des phrases trop longues, et où l'anglais, en cherchant la brièveté, produit des phrases qui semblent brusques à un francophone. Les deux malentendus sont symétriques. L'anglais professionnel adoucit avec de petits mots plutôt qu'avec des propositions subordonnées.
Ces adoucisseurs sont peu nombreux et se réemploient à l'infini : « just » (just a quick question), « would » et « could » plutôt que « can » et « will », « if you get a chance », « when you have a moment », « any chance you could… ». Ajoutez-en un à une demande directe et elle devient parfaitement courtoise sans s'allonger.
Pour la relance, le principe est de rappeler le contexte au lieu de reprocher le silence. « I know you're deep in the launch, so no rush, but I'll need the figures by Thursday to close the report. » donne une raison, une échéance et une sortie honorable. C'est là que se joue la différence avec l'oral, où d'autres mécanismes de politesse prennent le relais ; les Britanniques en ont un particulièrement visible, décrit dans cet article sur le « sorry » britannique et ce qu'il signale vraiment.
Refuser demande une structure en trois temps qu'il vaut mieux connaître par cœur : on remercie, on refuse, on propose autre chose. « Thanks for thinking of me. I won't be able to take this on before the end of the month, but I could look at it in early May if that still works. » Personne n'est vexé, et vous n'avez rien promis.
La clôture, et la petite guerre entre « sincerely » et « faithfully »
La formule finale est le seul endroit où les usages britanniques et américains divergent de façon nette. La règle britannique traditionnelle, encore enseignée et encore appliquée dans les courriers formels : « Yours sincerely » quand vous avez nommé votre destinataire dans la salutation, « Yours faithfully » quand vous avez écrit « Dear Sir or Madam ». Faithfully va avec l'anonymat, sincerely avec le nom.
Cette distinction n'a plus cours dans un courriel courant, et elle n'a jamais vraiment traversé l'Atlantique. Un correspondant américain écrira « Sincerely, » tout court dans un contexte formel, « Best regards » ou « Best » dans la vie ordinaire, parfois « Thanks » qui sert de clôture à lui seul. « Kind regards » et « Regards » circulent des deux côtés et ne feront jamais de tort.
Quelques précisions qui évitent des maladresses. On met une majuscule au premier mot seulement : « Kind regards », pas « Kind Regards ». Une virgule suit, puis le prénom à la ligne. « Cheers » existe, il est fréquent au Royaume-Uni et en Australie entre gens qui se connaissent, mais il ne convient ni à un client nouveau ni à une candidature. Quant à « Cordially », qui ressemble tellement à « cordialement », il est rare et sonne raide.
Signez avec le prénom seul dès que l'échange est engagé. Le bloc de signature en dessous s'occupe du reste, et répéter son nom complet à chaque message d'un fil de dix donne l'impression qu'on se présente à nouveau à chaque fois.
Quatre clôtures et leur emploi
- Kind regards,
- Le passe-partout. Poli, professionnel, neutre géographiquement. Si vous ne devez en retenir qu'une, c'est celle-là.
- Best regards, / Best,
- Très courant côté américain, de plus en plus partout ailleurs. « Best » seul est légèrement plus détendu et convient aux échanges suivis.
- Yours sincerely, / Yours faithfully,
- Registre formel britannique, surtout à l'écrit officiel : candidature, réclamation, courrier juridique. Sincerely si vous avez le nom, faithfully si vous ne l'avez pas.
- Thanks, / Many thanks,
- Clôture d'un message qui contient une demande. Elle enchaîne naturellement sur le service que vous venez de solliciter et reste chaleureuse.
Bâtir votre propre bibliothèque de tournures
Noor, cheffe de projet à Lyon, tient un document de deux pages où elle colle les phrases qui lui plaisent dans les messages qu'elle reçoit de Londres et de Chicago. Pas des listes trouvées en ligne : des phrases réellement écrites par des gens réels, dans son secteur, à propos de ses sujets. Au bout de quelques mois, elle n'écrit plus une ouverture de courriel de zéro.
C'est la méthode la plus rentable, parce qu'elle capte le registre exact de votre milieu. Un service financier, une agence créative et un laboratoire de recherche n'écrivent pas de la même façon, et aucune liste générale ne vous dira laquelle des deux formules équivalentes passe pour normale chez vos interlocuteurs. Vos correspondants vous fournissent le corpus gratuitement, tous les jours.
Deux réflexes complètent l'exercice. Le premier consiste à relire à voix haute avant d'envoyer : les traductions littérales du français s'entendent tout de suite, elles butent. Le second est de vérifier la cohérence du haut et du bas du message, un « Hi Tom » qui finit sur « Yours faithfully » signale qu'on a assemblé des morceaux sans les regarder ensemble.
Reste ce que l'écrit ne règle pas. Le courriel bien tourné amène souvent un appel, et c'est là qu'on découvre si les formules apprises tiennent quand personne ne laisse le temps de réfléchir. Travailler l'anglais professionnel à l'oral avec quelqu'un qui reprend vos tournures au moment où elles sortent est la suite logique, et pour les échanges à distance avec des équipes anglophones, la question des codes déborde vite le vocabulaire : c'est ce que traitent les formations interculturelles.
Questions fréquentes
Faut-il écrire « Dear » ou « Hi » dans un courriel professionnel en anglais ?
« Dear + prénom » est le standard d'un premier message professionnel : poli, neutre, jamais déplacé. « Hi + prénom » convient entre collègues, avec un interlocuteur habituel ou dans un échange déjà commencé, et il est très répandu dans les entreprises anglophones, y compris vers des personnes plus seniors. Le meilleur repère reste la salutation que votre correspondant emploie : alignez-vous sur elle. « Dear Sir or Madam » est à réserver aux cas où vous n'avez aucun nom.
Quelle différence entre « Yours sincerely » et « Yours faithfully » ?
C'est une règle de l'usage britannique formel. « Yours sincerely » se met quand vous avez nommé votre destinataire dans la salutation, par exemple « Dear Ms Okafor ». « Yours faithfully » s'emploie quand vous avez ouvert par « Dear Sir or Madam », donc sans connaître le nom. Cette distinction concerne surtout les courriers officiels, candidatures ou réclamations ; dans un courriel ordinaire, « Kind regards » suffit largement, et les correspondants américains l'ignorent le plus souvent au profit de « Sincerely » ou « Best regards ».
Par quoi remplacer « I hope this email finds you well » ?
Par une phrase qui apporte une information. Un rappel de contexte fonctionne bien : « Following our call on Tuesday… », « Further to your message about the June invoice… ». Un remerciement aussi : « Thanks for getting back to me so quickly. » Ou une présentation, si vous écrivez pour la première fois : « Marta Ruiz suggested I get in touch. » La formule d'origine n'est pas fautive, elle est simplement usée et occupe la ligne la plus lue du message.
Comment relancer poliment quelqu'un qui ne répond pas, en anglais ?
Rappelez le contexte plutôt que le silence. « Just following up on my note from last Tuesday » ou « Circling back on the figures » ouvrent la relance sans reproche. Ajoutez une raison et une échéance : « I'll need these by Thursday to close the report. » Terminez en laissant une sortie, du type « Let me know either way. » Évitez la traduction littérale « I allow myself to remind you », qui n'existe pas en anglais.
Doit-on mettre un point après « Mr », « Ms » et « Dr » ?
Cela dépend de la variété d'anglais. L'usage britannique écrit couramment « Mr Bradley », « Ms Okafor », « Dr Lambert » sans point. L'usage américain met le point : « Mr. Bradley », « Ms. Okafor ». Aucun des deux ne sera perçu comme une faute par votre lecteur ; ce qui se remarque, c'est l'incohérence à l'intérieur d'un même message. Retenez surtout que « Ms » est le titre neutre par défaut pour une femme, « Miss » et « Mrs » renvoyant à un état civil sans rapport avec le travail.
Pour aller plus loin
- Cours d'anglaisEn centre ou en ligne, avec un formateur de langue maternelle. L'anglais professionnel se travaille sur vos vrais messages et vos vrais appels.
- Le « sorry » britanniqueCe que signale une excuse quand personne n'a fait de faute, et comment y répondre sans passer pour brusque.
- Formations interculturellesLes codes de travail d'un pays, pour les équipes en mobilité comme pour celles qui échangent à distance.
- La méthode BerlitzPourquoi le cours se déroule entièrement dans la langue apprise, sans traduction, depuis 1878.
Dans le dossier Ressources
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