Farid a pris le poste à Manchester sans y penser à deux fois. Il parle anglais depuis vingt ans, il a fait ses études à moitié en anglais, il connaît le pays pour y être venu dix fois.
Le premier mois s'est bien passé. Le deuxième, il a compris que son responsable n'avait pas approuvé son plan, alors qu'il avait entendu « that's certainly one way to look at it » et l'avait pris pour un encouragement.
Rien dans son niveau de langue n'expliquait ce ratage. Ce qui lui manquait n'était pas du vocabulaire, c'était de savoir que dans ce pays la phrase la plus importante d'une réunion est presque toujours celle qui semble la plus anodine.
L'essentiel
- Depuis le Brexit, un ressortissant français n'a plus de droit de séjour automatique : le travail suppose un visa, le plus souvent adossé à un employeur agréé pour parrainer. Cela conditionne tout le reste de l'installation.
- La santé, le logement et la fiscalité locale fonctionnent selon des logiques différentes des nôtres, avec un point d'entrée unique côté santé, le médecin généraliste, sans lequel on n'accède à presque rien.
- Le décalage professionnel le plus coûteux n'est pas la hiérarchie mais l'expression du désaccord : la politesse britannique enveloppe le refus au point de le rendre inaudible pour un francophone, et cela s'apprend.
Le droit de séjour, qui conditionne le reste
C'est le changement le plus important de la dernière décennie, et il structure tout le reste. Un ressortissant français ne peut plus s'installer pour travailler au Royaume-Uni par simple libre circulation : il relève d'un régime de visa, et la voie la plus courante suppose un employeur agréé pour parrainer un salarié étranger.
La conséquence pratique est qu'on ne part plus chercher du travail sur place. On part avec un contrat, ou l'on ne part pas, ce qui inverse complètement la façon de préparer un projet et rallonge les délais bien au-delà de ce qu'imaginent ceux qui se souviennent de l'avant.
Un second effet est moins évident : le statut lie le salarié à son employeur plus étroitement qu'en France. Changer de poste n'est pas impossible, cela suppose seulement des démarches, et cela vaut d'être su avant de signer plutôt qu'après.
Enfin, les conditions évoluent régulièrement, y compris sur des points essentiels. C'est le seul chapitre de cet article où il ne faut se fier à aucune source datée, y compris celle-ci : la question se pose à l'employeur et à un professionnel du sujet.
La santé, et son point d'entrée unique
Le système de santé britannique est public et financé par l'impôt, ce qui le rapproche du nôtre dans son principe et l'en éloigne dans son fonctionnement. Une contribution santé est généralement acquittée avec la demande de visa, et elle ouvre l'accès au système une fois sur place.
La première démarche à faire en arrivant est de s'inscrire auprès d'un médecin généraliste de son quartier. Ce n'est pas une formalité de confort : ce praticien est le point d'entrée de presque tout le parcours de soins, et sans inscription, l'accès aux spécialistes et à une grande partie des services devient compliqué.
Les délais d'accès font l'objet d'un débat public permanent au Royaume-Uni, et beaucoup de nouveaux arrivants découvrent une organisation plus centralisée que la nôtre, où l'on consulte moins directement un spécialiste qu'en France. C'est un point à anticiper pour une famille, notamment quand un suivi est déjà en cours.
Le vocabulaire médical mérite d'être appris avant d'en avoir besoin, et il n'est pas celui des manuels. C'est le genre d'anglais très concret qui s'apprend en situation, et que des cours particuliers permettent de cibler quand le besoin est aussi précis.
Le logement, la banque et la taxe locale
Louer suppose un dossier : preuve de revenu, références, parfois un garant établi sur place. Le dépôt de garantie relève d'un dispositif de consignation qui protège le locataire, et il vaut la peine de vérifier que le vôtre y a bien été déposé.
S'ajoute une dépense que les Français oublient systématiquement dans leur budget : la taxe d'habitation locale est due par l'occupant, elle n'est pas comprise dans le loyer, et son montant dépend de la commune et du logement. Une location annoncée à un prix donné coûte donc plus que ce prix.
Côté banque, l'ouverture d'un compte demande en général un justificatif d'adresse, ce qui recrée la petite boucle du début que connaissent tous les expatriés. Elle se casse plus facilement qu'aux États-Unis : une lettre de l'employeur, un contrat de location ou un courrier officiel suffisent le plus souvent.
Enfin, un numéro d'assurance nationale est nécessaire pour travailler et être imposé correctement. La demande se fait après l'arrivée, et l'employeur sait généralement guider sur ce point.
Ce qu'on sous-estime en préparant son budget
- La taxe locale
- Due par l'occupant, jamais incluse dans le loyer annoncé, et variable selon la commune. C'est la surprise budgétaire la plus fréquente des nouveaux arrivants.
- L'écart entre Londres et le reste
- Le coût du logement à Londres n'a pas d'équivalent dans le reste du pays. Un même salaire n'a pas du tout la même valeur à Londres et à Leeds, et cela se négocie à l'embauche.
- Le transport quotidien
- Les abonnements de train de banlieue pèsent lourd dans un budget, davantage qu'en région parisienne, et le lieu d'habitation se choisit en connaissance de ce coût.
- La scolarité
- Le système éducatif diffère du nôtre dans sa structure comme dans son calendrier, et les règles varient selon la nation. C'est à regarder avant de choisir un quartier, pas après.
Au travail, le malentendu britannique
C'est ici que la proximité coûte le plus cher. Un Français qui part au Japon sait qu'il ne comprendra pas tout ; un Français qui part à Londres croit être équipé, et il l'est pour la langue seulement.
La culture professionnelle britannique atténue systématiquement. Un désaccord franc se dit avec des formules qui, prises au premier degré, ressemblent à des nuances aimables. « I'm not entirely sure that's the best approach » n'est pas une hésitation, c'est un refus. « With the greatest respect » annonce presque toujours ce qui suit, et ce n'est pas du respect.
L'humour occupe une place que nous ne lui donnons pas au travail. Il sert à désamorcer, à faire passer une critique, parfois à tester quelqu'un, et l'absence de participation se remarque. Un francophone qui reste sérieux par prudence passe pour distant plutôt que pour professionnel.
Ces deux points ont chacun leur article dans ce dossier, ce que « interesting » veut vraiment dire et l'art britannique du désaccord poli, et ils méritent d'être lus avant la première réunion plutôt qu'après la troisième.
Sur la forme du travail, quelques différences structurelles se remarquent vite : les périodes d'essai et les préavis sont généralement plus courts qu'en France, la mobilité entre entreprises est mieux vue, et l'écrit de confirmation après une réunion est une pratique courante que personne ne prend mal.
Et la langue, dans tout ça
L'anglais enseigné en France étant britannique, le vocabulaire ne réserve pas les surprises qu'il réserve aux États-Unis. Ce qui surprend, c'est autre chose : les accents régionaux, le débit, et le registre.
Les accents d'abord. L'anglais scolaire prépare à une variété standard que beaucoup de gens ne parlent pas, et Glasgow, Newcastle ou Birmingham demandent une période d'ajustement à des francophones pourtant très à l'aise. Cela vient vite, à condition d'accepter de faire répéter les premières semaines.
Le registre ensuite, et c'est le plus difficile. Savoir quand employer une formule atténuée et quand aller droit au but ne relève d'aucune grammaire. Cela se travaille en situation, dans un cours d'anglais professionnel et par les formations interculturelles, qui traitent précisément ce que la langue seule ne transmet pas.
Dernier point, et il vaut pour toute installation : la fatigue de la première année ne vient pas d'un manque de vocabulaire mais d'un manque d'automatismes. La langue est comprise, elle n'est pas encore disponible, et c'est ce décalage d'une seconde qui épuise. Il se réduit en parlant, ce qui est exactement le principe de la méthode.
Questions fréquentes
Peut-on encore s'installer au Royaume-Uni sans contrat de travail ?
Pas dans le cadre d'un projet professionnel ordinaire. Depuis le Brexit, un ressortissant français relève d'un régime de visa, et la voie la plus courante suppose un employeur agréé pour parrainer. Les conditions évoluent régulièrement : la question se vérifie auprès de l'employeur et d'un professionnel du sujet.
La couverture santé est-elle automatique ?
L'accès au système public s'ouvre généralement via une contribution acquittée avec la demande de visa, mais rien ne fonctionne tant qu'on ne s'est pas inscrit auprès d'un médecin généraliste. Cette inscription est le point d'entrée du parcours de soins, et c'est la première démarche à faire en arrivant.
Mon anglais scolaire suffira-t-il ?
Pour comprendre et se faire comprendre, presque toujours. Pour saisir ce qui se joue dans une réunion, non : la difficulté n'est pas le vocabulaire mais le registre, c'est-à-dire la capacité à entendre un refus dans une phrase qui a l'air d'un compliment.
Quelles différences entre l'Angleterre et l'Écosse ?
Elles vont bien au-delà du folklore : l'Écosse dispose de son propre système juridique et de son propre système éducatif, et plusieurs règles quotidiennes en dépendent. Il vaut mieux vérifier ce qui s'applique à la nation où l'on s'installe plutôt qu'au Royaume-Uni en général.
Vaut-il mieux se former avant de partir ou sur place ?
Avant, pour les automatismes et les codes de travail, parce que la première année est celle où l'on prend ses habitudes et où les erreurs coûtent le plus. Sur place, l'immersion enseigne beaucoup mais toujours après l'erreur, et certaines de ces erreurs se paient en crédibilité.
Nos formations
- Cours d'anglaisL'anglais du quotidien et du travail, en centre ou en ligne, avec des formateurs de langue maternelle.
- Formations interculturellesLe registre, l'atténuation, l'humour au travail : ce qu'aucune grammaire n'enseigne.
- La méthode BerlitzPourquoi le cours se tient entièrement dans la langue apprise, dès la première séance.
Dans le dossier Royaume-Uni
- En voyagePourquoi les Britanniques s'excusent-ils quand c'est vous qui les bousculez ?Un homme vous marche sur le pied dans le métro de Londres et c'est lui qui s'excuse. Puis vous le bousculez à votre tour, et il s'excuse encore. Ce mot-là ne parle pas de faute, il parle de la place que chacun occupe.
- À tablePeut-on refuser le pub d'après le bureau à Londres ?Le verre du jeudi soir ressemble à une invitation qu'on peut décliner comme on décline un déjeuner. Il n'en est pas tout à fait une. Ce qui s'y joue tient moins à l'alcool qu'à la place qu'on occupe dans le groupe le lendemain matin.
- Au travailL'art britannique du désaccord poli, et comment l'entendre« That's very interesting » n'est pas un compliment, et « we might want to revisit this » enterre souvent le sujet. Voici comment lire ces phrases en réunion, et comment en fabriquer soi-même quand on a besoin de dire non sans le dire.
