Léa commande un thé glacé dans un café de Manchester. Le serveur lui répond « sorry? », deux fois, avant de poser devant elle une canette de Tizer. Elle avait pourtant dit iced tea, lentement, en articulant.
Le problème n'était pas le vocabulaire. Il tenait à trois millimètres de langue et à une syllabe accentuée au mauvais endroit.
L'essentiel
- Les difficultés de prononciation d'un francophone en anglais se concentrent sur un nombre limité de points : les deux consonnes notées th, le h expiré, l'opposition entre voyelle tendue et voyelle relâchée, la voyelle neutre des syllabes inaccentuées, et les groupes de consonnes en fin de mot.
- Chacun de ces points se travaille par une position d'articulation précise, puis par des paires minimales, c'est-à-dire des couples de mots qui ne diffèrent que par le son visé (ship/sheep, thin/fin, hair/air).
- Un mot mal accentué reste plus souvent incompris qu'un mot dont un son est approximatif : en anglais, l'accent tonique porte l'identité du mot et déclenche la réduction des autres syllabes.
Pourquoi ce sont toujours les mêmes sons qui coincent
Apprendre à parler, enfant, c'est apprendre à ignorer des différences. Un bébé distingue au départ des contrastes sonores très fins, puis son oreille se spécialise dans ceux qui servent à sa langue et cesse de traiter les autres. Un francophone adulte n'entend donc pas mal l'anglais par manque d'attention : son système a rangé plusieurs sons anglais dans des cases françaises voisines, et il les y remet à chaque écoute.
Le français dispose de voyelles nombreuses mais réparties autrement, d'un système consonantique qui ignore les fricatives dentales, et d'une syllabe qui aime finir par une voyelle. L'anglais empile les consonnes, réduit les syllabes faibles à presque rien et oppose des voyelles que le français traite comme une seule.
D'où une conséquence utile : la liste des difficultés est courte et prévisible. Six familles de problèmes couvrent l'essentiel de ce qui gêne la compréhension. Les traiter une par une, avec une consigne physique claire, vaut mieux que de répéter des phrases entières en espérant que l'oreille s'ajuste toute seule.
Un point de méthode avant d'entrer dedans. La production suit la perception : tant que vous n'entendez pas la différence entre deux sons, votre bouche n'a aucune raison de la produire. Chaque exercice ci-dessous commence donc par une phase d'écoute, où l'on se contente de dire lequel des deux mots vient d'être prononcé.
Les deux th, une question de trois millimètres
La graphie th note deux consonnes distinctes, produites au même endroit mais l'une sans voix, l'autre avec. Sans voix dans think, thanks, both, path. Avec voix, cordes vocales vibrantes, dans this, mother, breathe, the. Le francophone remplace en général la première par un s ou un f, la seconde par un z ou un d.
La position est simple à décrire. La pointe de la langue vient toucher légèrement le bord des incisives supérieures, ou se glisse juste entre les dents, et l'air passe en frottant dans cet interstice. La langue reste molle. C'est un frottement, pas un blocage : si vous entendez un petit t, vous avez fermé le passage.
Le test qui règle la moitié des cas se fait avec un doigt posé devant la bouche. Sur think, vous devez sentir un filet d'air continu. Sur this, presque rien ne sort mais la gorge vibre : posez l'autre main sur le larynx pour la sentir.
Répétez ensuite en alternance, quatre paires suffisent : think et sink, thin et fin, three et free, then et den. Puis un enchaînement lent, celui que tous les manuels utilisent parce qu'il fonctionne : this thing, that thing, these things, those things.
Le h qui souffle et les consonnes finales qui s'entassent
En français, la lettre h ne se prononce pas. En anglais, elle correspond à une expiration réelle, une simple ouverture de la glotte avec de l'air qui passe avant la voyelle. L'omettre crée des collisions fréquentes : hair devient air, heat devient eat, high devient I. L'exercice consiste à souffler sur une vitre imaginaire, puis à enchaîner immédiatement la voyelle sans marquer de pause.
Le mouvement inverse existe aussi et s'entend beaucoup chez les francophones qui se surveillent : ajouter un h là où il n'y en a pas, ou l'aspirer trop fort. Alternez donc dans les deux sens, art et heart, ill et hill, and et hand.
Les fins de mots posent un autre problème. L'anglais tolère des groupes que le français n'assemble jamais : texts, asked, twelfths, worlds, clothes. La tentation est d'insérer une petite voyelle de secours entre les consonnes, ou d'en supprimer une. La première solution ajoute une syllabe et brouille le mot, la seconde efface souvent la marque du pluriel ou du prétérit.
La technique qui marche est la construction par l'arrière. Prenez asked : dites d'abord kt, puis skt, puis askt. Le mot se termine en une seule syllabe, sans voyelle parasite. Même chose pour texts, monté à partir de sts, et pour films, monté à partir de lms.
Un dernier détail qui change beaucoup à l'oreille : la terminaison ed se prononce t après une consonne sourde (worked, watched), d après une consonne sonore ou une voyelle (played, called), et forme une syllabe supplémentaire uniquement après t ou d (wanted, needed).
Trois séries à monter par l'arrière
- asked, risked, fixed
- Commencez par la fin, deux consonnes seulement, puis ajoutez ce qui précède. Aucune voyelle ne doit apparaître entre le k et le t.
- texts, guests, lists
- Le groupe sts est le plus dur. Dites-le seul, en boucle, avant de coller la voyelle devant.
- world, film, milk
- Le l suivi d'une autre consonne se produit langue haute, sans faire entendre de ou après lui.
Les voyelles que le français range dans la même case
C'est ici que se jouent les malentendus les plus spectaculaires, du type de celui de Léa au comptoir. L'anglais oppose des voyelles tendues, plus longues et plus fermées, à des voyelles relâchées, plus brèves et articulées plus au centre de la bouche. Le français ne connaît pas cette opposition et rabat les deux sur un seul son.
Le cas le plus connu est le couple de sheep et ship. Dans le premier, la langue monte vers l'avant, les lèvres s'étirent, le son dure. Dans le second, la langue redescend légèrement vers le centre, les lèvres se détendent, tout est plus court et plus flou. Ce n'est pas un i français prononcé vite : c'est un autre son, plus proche d'un e relâché.
Même logique pour le couple de full et fool, où le premier est bref et détendu, et pour celui de cat et cut, dont la distinction repose sur l'ouverture et la position de la langue plutôt que sur la durée. Ajoutez le couple de bad et bed, souvent confondus parce que le français range les deux voyelles ensemble.
La méthode est toujours la même : écoute discriminante d'abord, production ensuite. Faites-vous lire dix mots au hasard dans une colonne de paires et notez ce que vous entendez. Tant que vous n'atteignez pas neuf sur dix en perception, la production ne se stabilisera pas. C'est exactement le type de va-et-vient que travaille un cours où l'on ne parle que la langue cible, comme dans la méthode Berlitz.
Ce qu'on croit dire, ce qu'on dit
Quelques paires où l'approximation change le mot, et pas seulement l'accent.
ship prononcé comme sheep
voyelle brève et relâchée, langue plus centrale
La confusion entre navire et mouton amuse une fois. Elle touche aussi live et leave, fill et feel, sit et seat.
three prononcé free ou sree
pointe de langue aux incisives, air qui frotte
Les nombres reviennent partout, dans les prix, les heures et les adresses. Une erreur y coûte cher.
hair prononcé air
expiration nette avant la voyelle
Sans le souffle initial, une bonne partie des mots en h rejoignent un autre mot existant.
comfortable en quatre syllabes appuyées
accent sur la première, le reste réduit
Les syllabes faibles doivent s'effacer. Les prononcer toutes également rend le mot méconnaissable.
Le schwa, ce son qui ne se voit pas et qui décide de tout
Le son le plus fréquent de l'anglais n'a pas de lettre attitrée. On l'appelle schwa, il ressemble à un e très bref et neutre, bouche à peine ouverte, langue au repos. Il apparaît dans toutes les syllabes non accentuées, quelle que soit la voyelle écrite : le a de about, le o de today, le e de taken, le u de suppose, le premier o de tomorrow.
Le français distribue l'énergie à peu près également sur les syllabes et pose un léger appui en fin de groupe. L'anglais fait l'inverse : il charge une syllabe et affaiblit tout le reste. Un francophone qui articule proprement chaque syllabe produit donc un mot correct lettre à lettre et inaudible à l'oreille anglaise.
Prenez photograph, photographer, photographic. La suite de lettres bouge à peine, l'accent se déplace à chaque fois, et les voyelles réduites changent de place avec lui. Dites les trois mots à la suite en tapant la syllabe forte sur la table. Vous entendrez le reste s'affaisser tout seul.
Le même mécanisme joue dans la phrase. Les mots grammaticaux, articles, prépositions, auxiliaires, se réduisent presque toujours : can devient une syllabe brève, and se réduit à un simple n dans fish and chips, to se réduit dans I want to go. Ce n'est pas du relâchement, c'est la forme normale de ces mots dans le débit courant.
Un programme court, à répéter plus souvent qu'à rallonger
Dix minutes par jour battent une heure le dimanche. L'articulation est un apprentissage moteur, du même ordre que la gamme au piano : la fréquence installe le geste, la durée le fatigue. Choisissez un seul point par semaine et laissez les autres tranquilles.
Enregistrez-vous, c'est désagréable et c'est indispensable. On n'entend pas sa propre production en temps réel, parce que le cerveau nous restitue ce qu'on croyait dire. Trente secondes de lecture à voix haute, réécoutées le lendemain, révèlent des choses qu'aucun miroir ne montre.
Travaillez sur des mots que vous employez vraiment. Votre métier, votre ville, votre prénom, les trois phrases que vous répétez à chaque voyage. Un francophone qui maîtrise parfaitement le th de thirty et bute sur celui de month n'a pas fini le travail, mais il a déjà réglé le cas le plus utile.
Reste ce que l'enregistrement ne donne pas : quelqu'un qui vous dit, à l'instant où vous produisez le son, que la langue était trop en arrière. Ce retour immédiat est la raison pour laquelle la prononciation progresse plus vite à l'oral avec un interlocuteur qu'en autonomie, et c'est le cœur des cours d'anglais menés entièrement dans la langue.
Une dernière chose que les tableaux ne disent pas. Un accent français en anglais n'est pas un défaut à effacer, et beaucoup de locuteurs le trouvent agréable. Ce qui vaut la peine d'être corrigé, c'est uniquement ce qui empêche d'être compris.
Questions fréquentes
Comment prononcer correctement le th anglais ?
La pointe de la langue vient toucher le bord des incisives supérieures ou se glisse légèrement entre les dents, et l'air frotte dans ce passage étroit. Il existe deux versions : une sans vibration des cordes vocales (think, both) et une avec vibration (this, mother). Pour vérifier, posez une main sur votre gorge : elle doit vibrer sur this et rester immobile sur think. Si vous entendez un petit t, c'est que vous avez fermé complètement le passage au lieu de laisser l'air frotter.
Quelle est la différence entre le i de ship et celui de sheep ?
Ce ne sont pas le même son prononcé plus ou moins vite. Dans sheep, la langue monte vers l'avant du palais, les lèvres s'étirent et la voyelle est tendue. Dans ship, la langue redescend vers le centre de la bouche, tout se relâche, et le résultat est plus proche d'un e bref que du i français. La même opposition sépare live et leave, fill et feel, sit et seat.
Qu'est-ce que le schwa et pourquoi est-il si important ?
C'est une voyelle neutre et très brève, produite bouche à peine ouverte et langue au repos, qui apparaît dans presque toutes les syllabes non accentuées de l'anglais. Elle n'a pas de lettre propre : on la trouve sous le a de about, le o de today, le e de taken. Un francophone qui articule chaque syllabe avec la même énergie ne produit pas de schwa, et ses mots deviennent difficiles à reconnaître. Savoir affaiblir les syllabes faibles compte autant que savoir prononcer les sons forts.
Vaut-il mieux travailler les sons isolés ou l'accent tonique ?
L'accent tonique passe souvent en premier, parce qu'un mot accentué au mauvais endroit est plus difficile à reconnaître qu'un mot dont un son est approximatif. En anglais, la syllabe forte porte l'identité du mot et commande la réduction des autres. Une fois l'accent en place, les sons isolés se travaillent par paires minimales, en commençant toujours par l'écoute avant la production.
Combien de temps faut-il pour corriger sa prononciation ?
Cela dépend du son et de la fréquence de l'entraînement, mais la régularité pèse plus que le volume : dix minutes quotidiennes valent mieux qu'une longue séance hebdomadaire, parce qu'il s'agit d'un apprentissage moteur. Concentrez-vous sur un point à la fois et enregistrez-vous pour entendre ce que vous produisez réellement. L'objectif raisonnable n'est pas d'effacer tout accent, mais de supprimer ce qui gêne la compréhension.
Pour aller plus loin
- Cours d'anglaisEn centre ou en ligne, avec un formateur qui corrige la position de la langue au moment où le son sort.
- La méthode BerlitzPourquoi le cours se déroule entièrement dans la langue apprise, sans passer par le français.
- Pourquoi les Britanniques parlent-ils autant de la météo ?Une fois les sons en place, reste à savoir quoi répondre. Le décodage d'un échange banal qui ne l'est pas tant que ça.
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