Camille est arrivée à Chicago un dimanche d'août pour une mission de trois ans. Elle avait préparé son départ pendant six mois : logement repéré, école des enfants trouvée, anglais professionnel solide, contrat signé.
Le mardi, elle n'a pas pu louer de voiture. Le mercredi, sa demande de forfait téléphonique a été refusée. Le jeudi, on lui a demandé un dépôt de garantie trois fois supérieur à celui annoncé.
Aucun de ces refus ne visait Camille. Ils visaient quelqu'un sans historique de crédit, c'est-à-dire, aux yeux du système américain, quelqu'un qui n'existe pas encore. Elle avait préparé son installation. Elle n'avait pas prévu de devoir prouver qu'elle était réelle.
L'essentiel
- L'essentiel des difficultés d'installation ne vient pas de la langue mais de trois infrastructures qui fonctionnent autrement : le crédit, la santé et le logement, toutes trois liées à l'emploi ou à un historique local qu'on ne peut pas importer.
- Le pays n'est pas un ensemble homogène. Fiscalité, droit du travail, assurance, permis de conduire : beaucoup de règles relèvent de l'État où l'on vit, et déménager d'un État à l'autre revient à recommencer certaines démarches.
- Le décalage culturel le plus coûteux au travail n'est pas la hiérarchie mais l'expression du désaccord : ce qui s'entend comme un accord enthousiaste peut n'être qu'une formule de politesse, et l'inverse est vrai aussi.
Le crédit, la première porte fermée
Aux États-Unis, une grande partie de la vie quotidienne repose sur un historique de crédit, c'est-à-dire sur la trace des emprunts que vous avez remboursés. Il ne s'agit pas de votre solvabilité au sens français, ni de vos revenus : quelqu'un de très bien payé mais sans historique passe pour un risque, quelqu'un de modeste avec dix ans d'historique régulier passe pour une valeur sûre.
Cet historique ne s'importe pas. Vos années de relation bancaire en France ne comptent pas, votre apport ne compense pas, et la plupart des refus des premières semaines viennent de là plutôt que d'une méfiance envers les étrangers.
Le contournement est connu de tous ceux qui sont passés par là : ouvrir un compte dès l'arrivée, obtenir une carte adossée à un dépôt, et l'utiliser régulièrement pour de petites dépenses réglées intégralement chaque mois. L'historique se construit alors en quelques mois, ce qui est long quand on doit louer un appartement la semaine suivante.
C'est aussi ce qui explique un conseil qui surprend les Français : ne pas fermer une carte devenue inutile. Ancienneté et régularité comptent, et fermer un compte ancien raccourcit l'historique.
La santé, qui tient au contrat de travail
Il n'existe pas de couverture santé universelle. L'assurance est majoritairement fournie par l'employeur, et sa qualité fait partie de la négociation d'embauche au même titre que le salaire. Deux offres au même montant peuvent représenter des situations très différentes une fois l'assurance comparée.
Le vocabulaire est le premier obstacle, et il vaut la peine d'être appris avant d'en avoir besoin. La franchise annuelle, la part restant à charge à chaque acte, le plafond au-delà duquel l'assureur prend tout, le réseau de praticiens conventionnés : ce sont ces quatre paramètres qui décident du coût réel, pas la prime mensuelle.
Le point le plus déroutant est la notion de réseau. Consulter un praticien hors réseau peut multiplier le reste à charge, y compris à l'hôpital, y compris quand on n'a rien choisi. Vérifier avant chaque rendez-vous devient un réflexe qu'on n'avait jamais eu en France.
Enfin, l'assurance est liée à l'emploi, donc la perdre en même temps que son poste est un scénario réel. C'est une des raisons pour lesquelles un changement de travail se prépare différemment.
Le logement, et la question du dépôt
Louer suppose de démontrer un revenu, souvent plusieurs fois le montant du loyer, et de présenter un historique de crédit. Faute des deux, la pratique courante consiste à demander un dépôt majoré ou un garant local, ce qui pèse lourd au moment précis où l'on a déjà payé un déménagement international.
Les baux sont généralement annuels, avec des pénalités de sortie anticipée nettement plus lourdes qu'en France. Lire la clause de rupture avant de signer est le seul moment où l'on peut encore négocier quelque chose.
La localisation obéit à une logique qui déroute : dans beaucoup de villes, le choix du quartier détermine l'école publique des enfants. Le lien entre logement et scolarité est direct, et il explique des écarts de loyer considérables entre deux rues.
- Les taxes qui s'ajoutent au prix affiché
- Elles ne figurent jamais sur l'étiquette et varient d'un État, parfois d'une ville, à l'autre. Un budget calculé sur les prix affichés est systématiquement sous-évalué.
- Le pourboire, qui n'est pas un supplément
- Il complète un salaire plutôt qu'il ne récompense un service, ce qui change complètement la façon de le calculer. C'est le sujet d'un article à part entière.
- La voiture, dans la plupart des villes
- Hors de quelques métropoles, les transports en commun ne permettent pas de vivre sans véhicule. Assurance, immatriculation et permis relèvent de l'État de résidence.
- Les congés payés
- Aucune obligation fédérale n'impose de congés payés. Ce que vous obtiendrez dépend entièrement de ce qui est écrit dans votre contrat, et cela se négocie à l'embauche, pas après.
Au travail, le malentendu le plus fréquent
Les Français qui arrivent s'attendent à une hiérarchie plus plate et la trouvent. Ce qu'ils n'anticipent pas, c'est la façon dont le désaccord s'exprime, et c'est de là que viennent la plupart des faux pas.
La culture professionnelle américaine valorise l'enthousiasme comme registre par défaut. Un projet est « great », une idée est « interesting », une proposition reçoit un « sounds good » qui ne signifie pas toujours qu'elle est retenue. Un francophone entend un accord là où il n'y a parfois qu'une politesse de circulation.
Symétriquement, une objection formulée à la française, directe et argumentée, passe facilement pour de l'agressivité ou du désengagement. Ce n'est pas le fond qui heurte, c'est l'absence d'emballage, dans une culture où l'emballage fait partie du message.
Le bon réflexe n'est pas d'imiter l'enthousiasme, qui sonne faux quand il est appris, et que travaillent les formations interculturelles. C'est de vérifier explicitement ce qui a été décidé, par écrit et sans dramatiser : dans un environnement où l'oral reste souple, l'écrit de confirmation est parfaitement admis et personne ne le prend mal.
Cinquante pays dans un pays
L'erreur la plus commune consiste à raisonner sur « les États-Unis » comme sur un ensemble homogène. Beaucoup de règles qui structurent la vie quotidienne relèvent de l'État, non de la fédération : l'impôt sur le revenu local, le droit du travail, le permis de conduire, l'immatriculation, les règles d'assurance, la fiscalité des ventes.
La conséquence pratique est qu'un déménagement interne n'est pas anodin. Changer d'État suppose de refaire une partie des démarches, et parfois de découvrir que ce qui était acquis ne l'est plus.
Cela vaut aussi pour les usages. La distance sociale, le rythme de travail, le rapport à la religion ou à la politique varient d'une région à l'autre au moins autant qu'entre deux pays européens. Ce que vous aurez appris à Boston ne vous servira qu'en partie à Houston.
Et la langue, dans tout ça
L'anglais scolaire suffit à comprendre et à se faire comprendre. Il ne suffit pas à saisir ce qui se joue dans une réunion, à négocier un bail, à comprendre un devis médical ou à répondre à une plaisanterie sans décalage d'une seconde. C'est l'écart que comble un cours d'anglais construit sur l'usage.
Ce décalage d'une seconde est ce qui fatigue le plus les expatriés la première année. Il ne vient pas d'un manque de vocabulaire mais d'un manque d'automatismes : la langue est comprise, elle n'est pas encore disponible.
C'est exactement ce que travaille une formation orientée vers la pratique plutôt que vers la règle. Et c'est pourquoi préparer son départ en travaillant l'anglais du quotidien et les codes du travail américain vaut mieux que de compter sur l'immersion seule, qui apprend beaucoup mais toujours après coup.
Questions fréquentes
Faut-il vraiment un historique de crédit américain pour tout ?
Pour beaucoup de choses courantes : louer un logement, souscrire un forfait téléphonique, obtenir une carte de crédit classique, parfois louer une voiture. Il se construit en quelques mois avec un compte et une carte adossée à un dépôt, mais il ne s'importe pas depuis la France.
L'assurance santé de mon employeur couvre-t-elle ma famille ?
Cela dépend entièrement du contrat, et c'est une question à poser avant de signer. La couverture des conjoints et des enfants, son coût supplémentaire et les délais de carence varient d'un employeur à l'autre, et ces éléments se négocient à l'embauche.
Mon anglais professionnel suffira-t-il ?
Pour travailler, généralement oui. Pour le reste, c'est l'anglais du quotidien qui manque le plus : celui de l'administration, du logement, de la santé et des relations de voisinage, qui n'est presque jamais enseigné et se pratique tous les jours.
Les congés payés sont-ils vraiment aussi rares qu'on le dit ?
Il n'existe aucune obligation fédérale en la matière. Ce que vous obtiendrez figure dans votre contrat et nulle part ailleurs, ce qui en fait un point de négociation au même titre que le salaire. Les pratiques varient beaucoup selon les secteurs et les entreprises.
Vaut-il mieux se former avant de partir ou sur place ?
Avant, pour ce qui est des automatismes et des codes de travail, parce que la première année est celle où l'on prend les habitudes. Sur place, l'immersion enseigne beaucoup mais toujours après l'erreur, et certaines de ces erreurs coûtent cher.
Nos formations
- Cours d'anglaisL'anglais du quotidien et du travail, en centre ou en ligne, avec des formateurs de langue maternelle.
- Formations interculturellesLes codes qui décident de la façon dont un message est reçu, et qu'aucune grammaire n'enseigne.
- La méthode BerlitzPourquoi le cours se tient entièrement dans la langue apprise, dès la première séance.
Dans le dossier États-Unis
- Codes et malentendusFaut-il appeler son patron par son prénom aux États-Unis ?La réponse tient en un mot, et elle induit en erreur presque tous ceux qui l'entendent. Le prénom ne dit rien de la hiérarchie : il dit seulement que l'anglais ne marque pas la distance là où le français la marque.
- S'installerOuvrir un compte, louer, se soigner : les trois premières semaines aux États-UnisLe problème des premiers jours n'est pas la difficulté des démarches, qui sont simples une par une. C'est leur ordre : chacune réclame une pièce que la précédente devait fournir, et le nouvel arrivant tourne en rond.
- Au travailPourquoi un Américain ne dit-il jamais non en réunion ?Le refus existe, il est même fréquent. Ce qui manque, c'est le mot. Il passe par le report, par la question de méthode, par un enthousiasme qui n'engage rien, et un francophone repart avec un accord que personne n'a donné.
