Vous demandez le lift. On vous indique poliment autre chose. Vous cherchez le car park, on ne comprend pas tout de suite. Vous annoncez que vous allez faire un footing, et votre collègue attend la suite de la phrase.
Aucune de ces situations n'est grave, et toutes se règlent en trois secondes. Elles ont pourtant un point commun qui vaut le détour : dans les trois cas, vous avez employé un mot que vous croyiez anglais.
Le premier l'est, mais britannique. Le deuxième aussi. Le troisième n'est anglais dans aucun pays anglophone. Voici la carte de ces trois zones, qui expliquent l'essentiel des blancs dans une conversation avec un Américain.
L'essentiel
- L'anglais enseigné en France est majoritairement britannique. Une partie du vocabulaire courant appris à l'école, lift, flat, car park, lorry, petrol, se comprend aux États-Unis mais ne s'y emploie pas, et certains mots y désignent autre chose.
- Le français a fabriqué des mots à consonance anglaise qui n'existent pas en anglais : footing, brushing, smoking, relooking, pressing, baskets. Ils ne se comprennent nulle part, et ce sont eux qui produisent les vrais silences.
- Restent les faux amis, les plus coûteux des trois parce qu'ils ne provoquent aucun blanc : eventually, actually, sensible, to demand, agenda, delay. La phrase passe, elle a simplement dit autre chose.
Ce que l'école vous a appris, et qui est britannique
L'anglais scolaire français est historiquement britannique, par proximité géographique et par tradition d'enseignement. Ce n'est ni un défaut ni un handicap : un francophone qui parle un anglais britannique correct est parfaitement compris aux États-Unis.
Il produit seulement, à intervalles réguliers, une demi-seconde d'hésitation chez son interlocuteur. Cette demi-seconde n'a aucune importance dans un restaurant, et elle en a une lorsqu'on est en train de convaincre quelqu'un.
Trois cas méritent une attention particulière parce qu'ils ne relèvent pas du synonyme mais du malentendu. Pants désigne un pantalon aux États-Unis et un sous-vêtement au Royaume-Uni. Rubber est une gomme d'un côté de l'Atlantique et un préservatif de l'autre. Et le premier étage britannique est le rez-de-chaussée surélevé d'un immeuble américain : first floor aux États-Unis désigne le niveau de la rue, ce qui décale tous les rendez-vous d'un étage.
Les paires les plus fréquentes au quotidien
- lift, elevator
- Avec flat qui devient apartment, et ground floor qui devient first floor. Le bâtiment entier change de vocabulaire.
- car park, parking lot
- Avec motorway qui devient highway ou freeway, petrol qui devient gas, et lorry qui devient truck. Tout ce qui roule est concerné.
- queue, line
- On dit stand in line et non queue up, et le verbe britannique déroute plus que le nom.
- holiday, vacation
- Holiday existe aux États-Unis mais désigne un jour férié. Dire « I'm on holiday » se comprend, sans être ce qu'on dirait.
- chemist, drugstore ou pharmacy
- Chemist, pour un Américain, évoque d'abord un chimiste. C'est l'une des rares paires qui peuvent réellement égarer.
- CV, resume
- Le CV existe aux États-Unis mais désigne un document académique long. Pour une candidature en entreprise, c'est un resume, et ce n'est pas seulement le nom qui change.
Les mots anglais du français, qui ne sont anglais nulle part
Ceux-là sont différents des précédents : ils ne provoquent pas une hésitation, ils provoquent un blanc complet. Votre interlocuteur cherche le sens et ne le trouve pas, parce qu'il n'y en a pas.
Le français fabrique depuis longtemps des mots à consonance anglaise, généralement par troncature ou par détournement. Le procédé est vivant et parfaitement légitime en français : ces mots sont français, et ils sont utiles. Ils ne voyagent simplement pas.
Un seul réflexe suffit à s'en sortir, et il vaut mieux l'installer avant le départ : quand vous employez un mot anglais dans une phrase française, méfiez-vous. C'est précisément là que se cachent ceux qui ne passeront pas.
Les faux anglicismes les plus courants
- un footing
- Se dit a run ou jogging. Le mot footing existe en anglais dans un tout autre sens, celui de l'assise ou de la position d'un pied, ce qui ajoute à la confusion.
- un smoking
- C'est un tuxedo aux États-Unis, un dinner jacket au Royaume-Uni. La forme française vient de smoking jacket, qui désignait autre chose.
- un brushing, un relooking, un pressing
- Respectivement a blow-dry, a makeover et a dry cleaner. Les trois sont des constructions françaises, et aucune ne se comprend telle quelle.
- des baskets, un jogging
- Sneakers et sweatpants aux États-Unis. Le vêtement s'appelle autrement que l'activité, exactement l'inverse du français.
- un planning
- A schedule. Planning existe en anglais mais désigne l'action de planifier, pas le document, et l'écart passe souvent inaperçu à l'écrit.
- un box, un dressing
- A garage ou a storage unit, et a walk-in closet. Dressing, en anglais, désigne surtout une sauce de salade ou un pansement.
Les faux amis, qui ne provoquent aucun silence
Ce sont les plus coûteux, et c'est contre-intuitif : ils ne créent aucune gêne visible. Le mot existe en anglais, il est bien prononcé, la phrase est grammaticalement correcte, votre interlocuteur comprend quelque chose. Simplement, ce n'est pas ce que vous vouliez dire.
Trois d'entre eux méritent d'être connus par cœur parce qu'ils apparaissent dans des phrases à enjeu. Eventually ne veut pas dire éventuellement mais finalement, à la fin. Actually ne veut pas dire actuellement mais en fait, et il introduit souvent une correction. To demand ne veut pas dire demander mais exiger, ce qui transforme une requête polie en ultimatum.
S'y ajoutent quelques mots professionnels qui trahissent immédiatement un francophone. Delay, qui désigne un retard et non un délai, lequel se dit deadline ou timeframe. Formation, qui évoque une formation géologique ou militaire, la formation professionnelle étant training. Agenda, qui est l'ordre du jour d'une réunion, l'agenda au sens français étant a diary ou a calendar.
Une dernière nuance, plus subtile, sépare cette fois les deux variétés d'anglais entre elles. Quite tend à atténuer en anglais britannique, où « quite good » signale un enthousiasme mesuré, et à renforcer en anglais américain, où la même expression sonne plutôt comme un compliment. Le mot est le même, l'intention est inverse, et c'est le genre de détail que seule la pratique installe.
Faut-il changer d'anglais pour autant ?
Non, et c'est important à dire pour ne pas transformer une curiosité en complexe. Un anglais britannique correct fonctionne parfaitement aux États-Unis, il est même souvent trouvé agréable, et personne n'attend d'un francophone qu'il imite un accent américain.
Ce qui mérite d'être ajusté est plus étroit : les mots du quotidien pratique, ceux qu'on emploie sous pression et devant un guichet, et les faux amis professionnels, qui sont les seuls à changer le sens d'une phrase. Le reste est du confort.
L'ajustement lui-même ne s'obtient pas par une liste. On peut relire celle-ci dix fois et dire lift le lendemain, parce que le mot sort avant la mémoire. Ce qui fonctionne est de parler beaucoup et de se faire reprendre au moment exact de l'erreur, ce qui est le principe de la méthode Berlitz et l'objet d'un cours d'anglais construit sur des situations.
Un dernier point, et il dépasse le vocabulaire. Le mot juste ne résout que la moitié du problème : dans une réunion américaine, l'essentiel de ce qui se joue n'est pas dans le lexique mais dans la façon dont l'accord et le refus s'expriment, ce qui se travaille séparément.
Questions fréquentes
Un anglais britannique est-il un handicap aux États-Unis ?
Non. Il est parfaitement compris, et souvent apprécié. Il produit seulement une brève hésitation sur une poignée de mots du quotidien, et ce n'est gênant que dans les situations où l'on cherche à convaincre vite.
Quels sont les faux amis à connaître en priorité ?
Eventually, qui veut dire finalement et non éventuellement. Actually, qui veut dire en fait et non actuellement. To demand, qui veut dire exiger. Et dans un cadre professionnel, delay pour retard, agenda pour ordre du jour, training pour formation.
Pourquoi le français fabrique-t-il des mots anglais qui n'existent pas ?
Le procédé est ancien et courant dans beaucoup de langues : on emprunte une racine étrangère puis on la raccourcit ou on la spécialise selon un besoin local. Ces mots sont pleinement français, ce qui explique qu'on ne les soupçonne pas. Ils ne sont simplement pas exportables.
Comment faire quand le mot ne vient pas ?
Décrivez l'objet ou l'action au lieu de chercher le nom. Cette stratégie fonctionne toujours, elle ne bloque jamais la conversation, et elle est bien plus efficace qu'un silence suivi d'un mot français prononcé à l'anglaise.
Faut-il adopter l'orthographe américaine dans ses écrits professionnels ?
Choisissez une variété et tenez-la dans un même document. Alterner color et colour, organize et organise, se remarque et donne l'impression d'un texte assemblé de plusieurs sources. Si votre interlocuteur principal est américain, l'orthographe américaine est le choix évident.
Pour aller plus loin
- Cours d'anglaisLe vocabulaire des situations réelles, celui qui sort sous pression, avec des formateurs de langue maternelle.
- La méthode BerlitzPourquoi une liste ne suffit pas, et pourquoi le cours ne passe jamais par le français.
- Formations interculturellesCe que le mot juste ne résout pas : la façon dont l'accord et le refus s'expriment.
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